« L’Ehpad du Futur commence aujourd’hui »

« L’Ehpad du Futur commence aujourd’hui »

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Que voudront les personnes âgées ? Comment faudra-t-il penser l’architecture et les espaces ? Comment développer l’Ehpad plateforme ? Telles sont les questions auxquelles les auteurs ont voulu répondre Luc Broussy et Jérôme Guedj, co-fondateurs du Think Tank Matières Grises dans leur étude menée, avec Anna Kuhn-Lafont, sur l’Ehpad du Futur. Plus de 100 personnes ont été consultées et plus de 150 contributions envoyées par des professionnels pour tenter de définir les contours de l’Ehpad de demain. 

C'est un constat partagé par tous : le modèle des Ehpad créé il y a 20 ans "doit s’adapter désormais à ce que seront les nouvelles exigences des « vieux de demain », héritiers de la Génération mai 68 éprise de liberté et d’autonomie Cette génération, celle du baby- boom, atteindra l’âge de 85 ans à partir de 2030, début de « l’Alpe d’Huez » démographique. Il est donc indispensable de repenser l’Ehpad dès maintenant si nous voulons que ces Ehpad du futur soient sortis de terre dans moins de 10 ans", écrivent Luc Broussy et Jérôme Guedj. Souhaitant contribuer à cette réflexion majeure, Matières Grises présente de nombreuses recommandations classées en trois chantiers.

Chantier 1, du « Bienvenue chez nous » au « Bienvenue chez vous »

« Jusqu’ici, on vous accueillait chez nous. Désormais, vous êtes ici chez vous » : tel pourrait être le slogan de l’Ehpad de 2030, indiquent les auteurs. Avec en complément de cette première proposition, la volonté de faire du « résident » un « habitant ». Mais "pour « habiter » un espace, il faut l’investir, le transformer, le rendre familier. L’organisation doit donc s’adapter aux désirs des résidents qui doivent se sentir bien chez soi" et décider de leur propre rythme de vie (les heures de repas notamment).
Autre constat : "Les boomers voudront manger une alimentation plus saine et plus responsable. Et, en 2030, nous faisons le pari que l’Ehpad renversera la priorité : viser la conciliation d’une indispensable liberté avec une nécessaire sécurité plutôt que l’inverse. L’Ehpad sera un lieu de vie avant d’être un lieu de soin. Mais il sera aussi un lieu de vie avant d’être un lieu de travail. Il faudra s’assurer que le résident puisse communiquer librement sa préférence, son consentement ou son refus". Le numérique sera alors "au service de la liberté : chaque résident pourra utiliser une tablette pour choisir son menu, voter pour le film du mercredi soir ou encore alerter l’équipe lorsqu’il est levé.

Matières grises relève également que "les salariés devront plus que jamais être formés à la capacité d’écoute, à la compréhension des attentes des personnes, et au recueil de leur libre choix. Pour construire une participation démocratique, les Ehpad n’auront d’autres choix que de faire preuve d’inventivité : sondages, référendums, ateliers participatifs, groupes de parole en ligne... Il faudra refondre le Conseil de la Vie Sociale : augmentation de leur fréquence à un ou deux par bimestre au lieu de trois par an ; organisation d’un sondage avant chaque CVS ; séance par visioconférence pour permettre aux familles et aux élus d’y participer le plus souvent possible. La création de « conseils de maison », structures de concertation propres à chaque unité de vie, est par ailleurs encouragée.

Les auteurs plaident aussi pour de "nouveaux outils d’évaluation multidimensionnelle de la personne car, si Aggir et Pathos ont révolutionné le secteur il y a 20 ans et seront toujours utiles demain, ils ne suffiront pas pour passer d’une logique déficitaire à une logique capacitaire."
Autre évolution majeure : "Demain, nul ne pourra retirer à une famille son droit de visite. Demain, familles et résidents se verront quand elles le voudront".
Une instance nationale de représentation des familles pourrait ainsi être créée, "une organisation neutre, composée d’experts des questions éthiques et juridiques, que les familles pourraient contacter en cas de litiges". Enfin, chaque Ehpad est encouragé à "établir une relation avec une école primaire ou un collège ; organiser un jumelage avec un club sportif local ; des lieux d’accueil de la vie associative et de diffusion culturelle". 

Chantier 2, repenser l'architecture et les espaces 

Pas moins de 14 propositions sont ici défendues pour que le résident se sente véritablement chez lui. 

1 - Déterminer un nouveau Cahier des charges permettant de définir avec plus de précision et d’exigence les pourtours de l’Ehpad de 2030 et surtout,  de conditionner l’usage du 1,5 milliard du plan de relance.

2 - Parler de « logement » et non plus de chambre.

3 - Ne plus rendre le lit visible au premier coup d’œil quand on entre dans la chambre. 

4 - Pallier à la très faible « meublabilité » des espaces, l’aménagement n’arrivant aujourd’hui qu’en bout de chaîne une fois toutes les contraintes prises en compte (place du lit, surface, prises, chauffage...).

5 - Permettre la location de logements entièrement vides pour laisser la possibilité à chaque personne d’arriver avec plus qu’un simple « trousseau de linge » dans une valise.

6 - Proposer des logements de taille et de forme différents.

7 - Augmenter progressivement les surfaces privatives pour parvenir à une surface minimale de 26m avec l'objectif de parvenir à 30m2.

8 - Passer d’une chambre de 22m2 à un logement de 26m2 minimum impactera nécessairement le tarif hébergement de l’Ehpad ,ce qui posera avec plus d’acuité encore qu’aujourd’hui la question de la couverture publique de ce tarif.

9 - Mener le débat entre utilité et esthétique alors qu’aujourd’hui l’aménagement de l’espace et le choix du mobilier sont complètement laissés de côté lors de la conception architecturale.

10 - Privilégier les parois amovibles (pour garder la possibilité d’organiser quelques grands rassemblements) permettant de privilégier le semi collectif, essentiel demain pour que la vie en « grande » collectivité ne s’impose pas en continu à tout le monde.

11 - Créer des quartiers pouvant fonctionner de façon autonome sur toutes les dimensions de l’accompagnement.

12 - Distinguer clairement lieu de vie et lieu de soins grâce à une dissociation physique de la partie habitation et de la partie services.

13 - Déterminer avec précision la destination et l’utilisation des 600 millions d’euros du plan numérique en direction des Ehpad.

14 - Impulser un plan national « ESMS Ecologie 2030 » pour accompagner les opérateurs dans la transition écologique en les transformant en véritables acteurs de cette révolution.

Chantier 3, rendre possible l'Ehpad plateforme

Là encore, trois propositions fortes sont défendues. La première consiste à amender dès le projet de loi Grand Âge ou le PLFSS pour 2022 l’article L. 312-1-1 du Code de l’Action Sociale et des Familles pour rendre possible l’Ehpad plateforme. Cet amendement permettrait qu’un Ehpad plateforme soit soumis à une seule autorisation et non pas comme aujourd’hui à autant d’autorisations que de types de service.

Deuxième recommandation : supprimer les appels à projets pour les projets d’Ehpad plateforme puisque dans un tel scénario le périmètre d’action est déterminé par l’opérateur et non par la puissance publique

Il conviendrait enfin de réformer le système de tarification pour rendre effectif l’Ehpad plateforme qui ne peut évidemment être financé dans le cadre des règles actuelles (tarification horaire pour les Saad, tarification ternaire pour la partie Ehpad, tarification à l’acte pour les consultations gériatriques vers l’extérieur etc...). Il faut donc mettre en place une tarification globale via un CPOM qui prenne en compte l’ensemble des activités proposées par l’Ehpad plateforme. 

L’étude « L’Ehpad du Futur commence aujourd’hui » est en libre-accès.

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