La Covid-19 fait les beaux jours du marché noir sur le "dark web"

Fausses Attestations, résultats de tests PCR trafiqués, certificats de vaccination et passeport vaccinaux frauduleux... autant de document contrefaits disponibles sur le "dark web". L'épidémie de Covid-19 a permis l'émergence d'un nouveau marché noir de la contrefaçon médicale et administrative. Une offre qui provoque de multiples fraudes, notamment aux frontières, et devient un problème international.  

Fin mars, les autorités Françaises ont intercepté un bus à la frontière espagnole à l'occasion d'un contrôle de routine. Les 31 passagers ainsi que les 2 conducteurs détenaient de faux tests PCR. La police espagnole enquête activement sur l'existence d'un réseau de falsication de tests PCR à grande échelle.

Un problème mondial

Ce problème de contrefaçons ne se limite pas qu'à l'Europe. D'après Interpol, le Dark Web inonderait 194 pays de faux tests PCR et certificats de vaccination et ce depuis la fin de l'année 2020. En effet, le service de police international avait alerté l'ensemble de ces pays concernant « une potentielle activité criminelle liée à la contrefaçon », détaille Antoine Violet-Surcouf, directeur général d'Avisa Partners et spécialiste de la contrefaçon sur Internet, au Parisien.

Depuis cette alerte, le nombre de sites de contrefaçons a explosé sur le "dark web", cet Internet alternatif aussi appelé "deep web". « L'offre n'est pas massive comme pour d'autres médicaments mais il y a bien eu l'apparition d' « autoshops », des mini-sites de vente chinois ou russes », explique le directeur général.

Selon Check Point, un fournisseur mondial de services de sécurité numérique, le problème des faux passeports va jouer un rôle important dans la prochaine étape de la pandémie, lorsque les déplacements pourront reprendre. L'entreprise américaine appelle donc les gouvernements à prendre des mesures contre ce marché noir déjà bien installé.

Un système rodé

Tout aurait commencé sur des forums et sites de ventes du dark web, déjà réputé pour ses ventes illégales. Ceux ayant accès à cette partie d'Internet pouvaient déjà acheter des stupéfiants, des armes voir des êtres humains sur certains sites tels que Silk Road.

Malheureusement, la lutte contre ces plates-formes est sans fin. Pour éviter de se faire repérer, les vendeurs ne laissent leur site en ligne que durant quelques jours. Parfois même une seule journée, avant de le recréer avec une autre adresse digitale. Il est donc difficile de remonter à la source. De plus, la quasi-totalité des transactions se font avec des Bitcoins, la fameuse monnaie virtuelle ou crypto-monnaie.« Ce qui exclut l'achat direct par le citoyen lambda, car il faut connaître les plateformes de vente et se procurer de la monnaie virtuelle. La vente se passe surtout entre petits revendeurs qui les dispatchent ensuite sur des cercles restreints via des messageries privées », détaille Antoine Violet-Surcouf.

Du dark web au web

Par le biais de divers intermédiaires, ces faux documents finissent par se retrouver d'une manière ou d'une autre sur le web classique. A la manière de Sarah, influenceuse avec 144 000 abonnés, qui affichait son faux test PCR sur les réseaux sociaux en février dernier. Elle va jusqu'à vanter les mérites de la falsification : « merci à @radarflash19, ton test il est passé crème wallah, tu m'as sauvé la vie. Pour 15 euros, tu peux éviter le pic à brochettes dans le zen », avait-elle publié sur son compte Snapchat.

Dans un reportage datant de mars dernier, France 3 Corse évoquait un service similaire géré par un étudiant. Grâce à une bonne maitrîse de Photoshop, l'étudiant produisait de fausses attestations et les revendait entre 5 à 7 euros par document. Le jeune homme ira jusqu'à poster des annonces sur les réseaux : « avant, je ne comptais que sur le bouche-à-oreille. Maintenant, je mets par exemple un post par jour avec des hashtags clés sur Twitter, pour que des gens de partout puissent me trouver et me contacter. Je le supprime au bout de quelques heures, et j’en reposte un nouveau le lendemain ».

Un marché juteux

Les habituels vendeurs de drogues, traffiquants d'armes et autres ont donc bifurqué leur activité vers une nouvelle économie : celle de la peur du Covid-19. Bien que la vente de produits illégaux continue, 25 des plus gros « supermarchés » du Dark Web les produits liés au Covid ont augmenté de 10% d'après Check Point.

Un faux test PCR négatif coutant en moyenne 25 dollars, soit une vingtaine d'euros. Maintenant que la campagne vaccinale internationale a été lancée, les certificats de vaccination ou encore le fameux « certificat vert numérique » proposé par la Commission européenne se retrouvent également sur ses sites. Check Point rapporte que pour 10 000 roubles, vous pouvez obtenir un certificat russe, soit une centaine d'euros. Même cas du côté américain, puisque de faux carnets circulent avec le tampon du Centers for disease control and prevention, assurant de l'aspect « officiel » du document pour seulement 150 dollars, soit un peu plus de 120 euros.

Cette activité semble rapporter puisque certains sites vont jusqu'à proposer des offres promotionnelles : « Pour l'achat de deux tests négatifs, vous recevrez le troisième gratuitement », rapporte Check Point.

Ce problème ne concerne pas que les attestations et certificats. Au début de la crise sanitaire, il était possible d'acheter des masques à des prix faramineux. De la même manière, plusieurs types de vaccins sont disponibles sur le Dark Web. Certains étaient même disponibles avant leur mise sur le marché. Il est donc possible d'obtenir n'importe lequel des vaccins, accessibles sur le marché, avec des prix variants de 400 à 1 200 euros.

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