Stratégie de transformation de notre système de santé, réactions d’experts

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Jérémie Sécher, président du Syndicat des manageurs publics de Santé (SMPS), Benoît Péricard, directeur des activités santé chez KPMG, Mélodie Fortier et Giovanni Reibaldi du cabinet Anéo et Jean-Luc Stanislas, Fondateur de www.managersante.com réagissent aux annonces d’Emmanuel Macron relatives à la transformation de notre système de santé.

« Intéressantes ».,Jérémie Sécher, président du syndicat des manageurs publics de Santé (SMPS), avance ce qualificatif prudent en réaction aux orientations présentées par le Président de la République le 18 septembre dernier pour rénover le système de santé. « De nombreux éléments reprennent les constats et les préconisations formulés par le SMPS et le « Groupe des 26 » (1). A ce stade, je ne peux que me féliciter de l’annonce d’un objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) 2019 à 2,5% qui redonnera un peu d’oxygène aux acteurs de terrain, tout en rappelant l’ampleur des économies demandées aux hôpitaux en parallèle. »
Benoît Péricard, directeur des activités santé chez KPMG évoque pour sa part « un discours certainement fondateur qui repose sur trois concepts majeurs : le territoire, la confiance et la coopération. En premier lieu, c’est enfin la reconnaissance de la diversité de la géographie et de la nécessité d’adapter les réponses avec un premier recours, un niveau de spécialité - qui s’organisera au sein des groupements hospitaliers de territoire (GHT) pour l’hôpital public avec l'impératif d'associer les établissements privés -, et un niveau de « super-spécialités ». Ensuite, la confiance consiste à ne pas mettre en œuvre des mesures coercitives d’où la volonté d’ouvrir les exercices mixtes, de supprimer le numerus clausus, de revaloriser le statut des aides-soignants dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et c’est bien sûr des moyens supplémentaires avec un Ondam à 2 ,5%. Enfin, la coopération devient le mot d’ordre généralisé, autour du patient avec par exemple un système d’information rénové, ou encore le financement de deux pathologies au parcours ».

Avancées notoires

Parmi les avancées à retenir, Jérémie Sécher relève l’importance, soulignée par Emmanuel Macron, « de structurer les soins de proximité autour du patient, grâce à un exercice collectif, décloisonné et coordonné. Cette ouverture vers les autres offreurs de soins est vitale pour les hôpitaux publics. D’autre part, la structuration de l’offre autour de trois niveaux - soins de proximité, soins spécialisés et soins ultraspécialisés - conduira ponctuellement à réinterroger le périmètre de certains GHT, ce que le SMPS et la grande majorité des hospitaliers et des agences régionales de santé (ARS) appellent depuis longtemps de leurs vœux ». Evidemment favorable au développement des outils numériques et au recours à l’intelligence artificielle, le Président du SMPS mentionne toutefois deux points d’attention : la prise en considération de cet objectif dans la réforme du financement en cours de réflexion ainsi que l’accompagnement et la formation des manageurs « aux conséquences de l’intégration des solutions d’intelligence artificielle dans les établissements, notamment s’agissant de l’impact sur les métiers et les professionnels ».
Mélodie Fortier et Giovanni Reibaldi d’Anéo pointent quant à eux quatre avancées significatives : l’incitation au travail d’équipe via des intéressements collectifs pour les équipes qui mettent en place des projets d’amélioration de la qualité ; le renforcement du management hospitalier et de l’importance donnée au collectif de soins et au dialogue social ; la valorisation des nouveaux métiers en santé et enfin la prise en compte de l’expérience patient et l’implication des patients dans l’évaluation et la formation des professionnels de santé.

Points d'achoppement

Bénoît Péricard décèle deux zones d’ombre dans le discours présidentiel : « la réforme des CHU est annoncée mais sans ligne directrice. Par ailleurs, avons-nous les hommes et les femmes capables de mener à bien cette transformation, alors que rien n’a été dit sur les méthodes pour accompagner cette réforme d’ampleur ? »
Jérémie Sécher regrette quant à lui « que le Président de la République ait fait le choix de privilégier le statut, avant la compétence et l’expérience, s’agissant des nominations aux postes de direction des établissements », tout comme le fait qu’il ne soit pas fait « plus de place aux soignants. Les cadres en particulier sont au cœur de toutes les transformations sans qu’aucune réflexion sur leurs missions ne soit conduite. »
Fondateur du site www.managersante.com, Jean-Luc Stanislas, pointe lui aussi quelques incertitudes parmi lesquelles la situation « d’étranglement à l’échelle nationale des services d’accueil et de traitement des urgences (SAU) », ou encore « les conditions de vie au travail de plus en plus dégradées des personnels hospitaliers ».
Même écho chez Mélodie Fortier et Giovanni Reibaldi d’Anéo qui se disent « surpris de constater qu’il n’y a rien concernant le dépistage des risques psycho-sociaux, notamment du burn-out, et des conflits interpersonnels, ainsi que leur résolution. Nous attendions davantage également en termes de nouvelle vision pour les ressources humaines en santé au sein des établissements. Par ailleurs, si quelques grandes mesures indispensables annoncées pour le secteur de la santé mentale en crise ont été rappelées par Agnès Buzyn, il reste encore à imaginer les modèles organisationnels, la coopération avec le MCO (2) et la médecine de ville, voire même à réinventer les pratiques médicales en santé mentale et les parcours patients ». La réussite de cette réforme passe par ailleurs selon eux par « l’accompagnement des acteurs sur le terrain, la responsabilisation des professionnels et l’impulsion à donner à la prise d’initiatives, individuelles et collectives. Le réel enjeu est de passer de l’initiative à l’expérimentation, puis de l’expérimentation à l’appropriation et à l’adaptation. »

1- Collectif de médecins, directeurs, soignants et usagers, copiloté au premier semestre 2018, par Jérémie Sécher, Directeur d’hôpital et Philippe Denormandie, praticien hospitalier.
2- Le sigle MCO – médecine, chirurgie, obstétrique - désigne les activités de courte durée réalisées dans les établissements de santé, en hospitalisation (avec ou sans hébergement) ou en consultations externes.

 

 

 

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