COVID-19: «Le civisme est une arme essentielle pour enrayer l'épidémie», Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF

COVID-19: «Le civisme est une arme essentielle pour enrayer l'épidémie», Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF

Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF (crédit : FHF)

Alors que la France est entrée en phase 3 contre l’épidémie de COVID-19 et que le nombre de cas confirmés et les décès progressent, les responsables hospitaliers sont sur le pont pour mobiliser leurs équipes et répondre au mieux à la crise sanitaire. Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF) se fait l’écho de leur engagement sur le terrain.

Quel est le sentiment des dirigeants hospitaliers face à cette crise? Se sentent-ils suffisamment soutenus?

 Nous tenons à saluer le sang-froid, la solidarité et la formidable mobilisation de toutes les équipes hospitalières et médico-sociales publiques: médicales, soignantes, administratives, techniques, logistiques… Nous avons par ailleurs le sentiment d’avoir disposé d’un plan d’information et de communication depuis le début de l’épidémie. Pour ce qui est du soutien financier, la FHF a demandé un ONDAM rectificatif pour pouvoir assurer tous les surcoûts occasionnés et les pertes de recettes occasionnées par la gestion de la crise du COVID-19.

Comment s’est déployée la réponse sanitaire au sein des établissements publics?

Tous les établissements en première et en seconde ligne face à l’épidémie de coronavirus ont immédiatement déclenché le plan de gestion de crise sanitaire de niveau 1, selon lequel l’hôpital est mis «sous tension» avec une mobilisation particulière des équipes et des moyens. Les hôpitaux des zones les plus touchées à l’instar d’Annecy, de Creil, Mulhouse, ont quant à eux déployé le «Plan Blanc» pour faire face à une «situation sanitaire exceptionnelle».

Le «Plan Bleu» visant à protéger tout particulièrement les personnes âgées a lui aussi été déclenché dans les EHPAD sur l’ensemble du territoire.

Mais surtout, au-delà des consignes et des procédures imposées, de nombreuses initiatives ont vu le jour et tout particulièrement pour gérer et préserver au mieux les personnels mobilisés. C’est le cas, par exemple, au sein des hôpitaux de l’AP-HP et du centre hospitalier d’Annecy avec la mise en place d’un dépistage priorisé pour les professionnels de santé qui auraient été exposés  

Par ailleurs, des mesures ont été mises en œuvre pour pallier les problèmes de garde d’enfants auxquels peuvent être confrontés les personnels médicaux et soignants fortement sollicités dans les zones les plus touchées. Ainsi, les hôpitaux de Beauvais et Compiègne dans l’Oise, comme le CH de Mulhouse ont renforcé les dispositifs de garde d’enfants et maintenu l’ouverture des crèches hospitalières. De même, au sein des établissements d’Ile de France, des solutions de garde d’enfants sont spécifiquement proposés aux personnels habitant l’Oise.

La communication auprès des patients et des usagers vous apparaît-elle suffisante et efficace?

En toute apparence, les informations relatives au coronavirus et les messages de prévention ont été largement relayés par les médias, radios, TV, presse écrite, web, réseaux sociaux, et bien intégrés. Mais il ne faut surtout pas relâcher nos efforts de communication car le civisme reste une arme essentielle pour enrayer cette épidémie. La décision prise, par exemple, de restreindre les visites dans les établissements de santé est primordiale non seulement pour limiter les risques de contamination des patients qui y séjournent mais également pour libérer du temps aux professionnels de santé engagés dans cette lutte. Appliquer les consignes indiquées reste le principal moyen de se protéger et de protéger les autres.

Quelles sont aujourd’hui vos principales inquiétudes?

Notre principale préoccupation reste de pouvoir maintenir une réponse sanitaire efficace dans la durée et face à une évolution possible du degré de gravité de la situation avec un afflux massif éventuel de cas graves. Notre capacité globale est actuellement de 5000 lits en réanimation, et cela pourrait se révéler insuffisant si l’épidémie atteint un seuil critique. De même nous risquons alors de manquer de masques et de personnels. Aussi la plupart des hôpitaux étudient dès à présent la possibilité de libérer des lits en fermant temporairement d’autres activités telles les chirurgies non urgentes. Ils s’apprêtent aussi à mobiliser des soignants susceptibles d’être formés rapidement pour renforcer les équipes dédiées à la prise en charge du COVID-19. Mais il faut raison garder. Les dirigeants hospitaliers ne sont pas affolés et s’efforcent de ménager au mieux leurs équipes et de ne pas les employer inutilement afin de pouvoir affronter sereinement cette crise dans la durée.

Depuis le début de l’épidémie, la FHF salue la formidable réactivité, la formidable mobilisation des équipes médicales et médico-sociales publiques. Et s’il était encore à démontrer pourquoi nous nous battons pour consolider un hôpital public fort, seul à garantir l’égalité d’accès aux soins pour tous, le combat que nous menons ensemble aujourd’hui contre le coronavirus en est une illustration.

Quel regard portez-vous sur les dernières mesures annoncées par le Président Macron?

Tout d’abord je tiens à saluer les propos du Président de la République sur la reconnaissance de toute la nation jusqu’au plus haut niveau de l’Etat de la place centrale qu’occupe notre service public hospitalier et médico-social. La crise de l’hôpital public qui a débuté il y un an et ce contexte de crise sanitaire met plus que jamais en avant la nécessite de mettre en place toutes les mesures permettant de consolider et renforcer ce «bien précieux» qu’est la santé afin de permettre à nos concitoyens d’avoir accès à une offre de soins gratuite notamment au sein de nos établissements publics de santé.

Ensuite, et à plusieurs reprises, le Président a insisté sur les mesures financières exceptionnelles. «Quoi qu’il en coûte», l’hôpital public devra donc avoir la confirmation du financement total de la gestion de cette crise sanitaire et un renforcement de ces moyens pour l’avenir afin de pérenniser la garantie de soins d’excellence que nos concitoyens reconnaissent à nos établissements publics.

Enfin, la décision prise par le Président de la République de fermer les crèches, écoles et universités est nécessaire car elle devrait permettre de limiter la propagation du virus. Par conséquence et en théorie cela devrait permettre de ralentir le nombre de victimes qui devront être hospitalisées.

Cependant, cette décision n’est pas sans conséquences pour les personnels hospitaliers eux-mêmes. La Fédération hospitalière de France (FHF) demande donc que des dispositions particulières soient prises pour la garde des enfants des personnels hospitaliers et des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).

Plan Blanc et Plan Bleu
Le Plan Blanc, inscrit dans la loi depuis 2004 est un dispositif de crise qui permet aux hôpitaux de mobiliser immédiatement les moyens de toute nature dont ils disposent en cas d’afflux de patients, ou face à une situation sanitaire exceptionnelle. Ce dispositif peut être déclenché par le directeur ou le responsable de l’établissement (en lien avec les Agences régionales de santé). Chaque hôpital doit ainsi se doter d’une cellule de crise pilotée par le chef d’établissement pour faire un point précis sur la situation, évaluer les besoins, recenser les moyens à disposition et d'identifier les actions à mettre en œuvre pour réagir de la façon la plus efficace possible. Le Plan Blanc intègre les orientations du schéma ORSAN (organisation de la réponse du système de santé en situations sanitaires exceptionnelles) établi en 2014 afin d’optimiser la réponse sanitaire à l’échelle régionale en réponse à une crise majeure.
Le Plan Bleu, créé après la canicule de 2003, est un dispositif de crise spécifique pour protéger les personnes âgées. Le plan bleu est déclenché par le directeur d’établissement en lien avec les Agences régionales de santé et implique, dans chaque établissement, de faire le point sur les consignes de circulation, la procédure de renforcement des personnels et toutes les adaptations nécessaires au fonctionnement en mode dégradé (nettoyage et désinfection renforcé des chambres, mise en place de circuits spécifiques pour le nettoyage des draps dans les chambres contaminées…) Comme dans le cas des plans blancs, des cellules de crise sont déployées.

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