Psychiatrie et santé mentale : les propositions de la FHF

Psychiatrie et santé mentale : les propositions de la FHF

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Les troubles psychiques concernent un Français sur quatre au cours de sa vie et constituent une des premières causes d’hospitalisation. La crise Covid a par ailleurs des conséquences sur la santé mentale des Français. Les experts de la Fédération hospitalière de France (FHF) et des professionnels de terrain avancent leurs réflexions cet enjeu de santé publique majeur.

Premier constat en matière clinique : l’augmentation des états limites auxquels font face les professionnels de la psychiatrie. « Dans les états limites, le fonctionnement de la personne se situe entre psychose et normalité, a expliqué le Pr Jean-Louis Senon, président du groupe de travail et de réflexion Psychiatrie et santé mentale de la FHF, réuni le 19 mai dernier. Nous constatons dès les premières années d’existence des difficultés relationnelles face au couple parental ou encore un émoussement de l’image paternelle. Se développe alors une psychopathologie du comportement avec une dimension d’instabilité, l’impossibilité de développer des relations durables ou encore l’intolérance à la frustration. Ce qui génère souvent des difficultés de scolarisation puis, plus tard, d’insertion. Cet état clinique traduit une évolution de la société qui a perdu les repères parentaux : le père ne représente plus l’autorité et la mère n’est plus dans un rôle d’affection de sécurité. Ces évolutions nous amènent à prendre en charge de plus en plus de jeunes adultes ».

Valoriser la collaboration avec les infirmiers et les assistants sociaux

Face aux problématiques de démographie médicale, notamment dans les centres médico-psychologiques (CMP), le Dr Christian Muller, Président de la CME de l’EPSM de l’agglomération lilloise et vice-président du conseil d’administration de la FHF Hauts-de-France a apporté plusieurs pistes de solutions : "Toute demande ne peut pas être traitée par un médecin psychiatre. Nous souhaitons développer l’accueil infirmier grâce aux IPA ainsi que l’accueil par des psychologues en première intention". "Nous devons aussi être attentifs à ce que les futurs médecins généralistes puissent entendre et accompagner un trouble anxieux. Ce ne sont pas seulement des techniciens des soins", a complété le Pr Jean-Louis Senon
Le Dr Christian Muller a par ailleurs insisté sur le dimension collective du travail en psychiatrie. « Nous devons davantage valoriser la collaboration avec les infirmiers ainsi qu’avec les assistants sociaux. Les parcours de soins doit être envisagé dans une perspective de gradation cumulative. Le patient ne doit jamais perdre le lien avec son médecin généraliste, ni avec son psychiatre traitant. »
Proximité et accompagnement au quotidien ont également été au centre des échanges. « Le secteur a été une révolution. Elle se traduit par l’obligation pour une équipe de s’occuper de la souffrance psychique sur un territoire. Le patient est « confié » à une équipe, sachant que l’alliance thérapeutique est encore plus sensible que dans d’autres spécialités », a témoigné le Dr Christian Muller.

Les propositions de la FHF

Dans l'attente des Assises de la psychiatrie et de la santé mentale prévues en juin 2021. la FHF a plaidé pour la finalisation de la réforme du financement. Comme l’a rappelé Aurélien Sourdille, Adjoint au pôle Finances et FHF data : « Face à la dualité des modes de financement qui sclérosait notamment la capacité de développement du secteur public et renforçait les inégalités entre territoires, nous avions besoin de créer un modèle commun de financement entre tous les établissements dans le cadre d’une politique unifiée de santé mentale ».
La réforme de financement, qui entrera en vigueur au 1er janvier 2022, intègre ainsi différents critères populationnels. « La dotation populationnelle est basée sur différentes variables (la densité médicale, les besoins de soins…). Les régions sous-dotées bénéficieront d’un surcroît de financement sur cinq ans, tandis que les régions sur-dotéees ne verront pas leurs ressources baisser. Il s’agira d’un financement par rattrapage et non par péréquation, a complété Aurélien Sourdille. Ensuite, au sein de chaque région, les acteurs décideront des critères pour allouer les moyens aux établissements". Le financement intégrera également une part « à la file active » afin de reconnaitre et valoriser les dynamiques d’activité, ainsi que la reconnaissance d’autres activités comme l’expertise, la recherche-innovation ou encore le financement à la qualité.
Ce futur modèle de financement établi sur des critères populationnels apparaît à la FHF « plus juste dans son application. Les établissements seront financés en fonction de leur activité réelle. C’est aussi un modèle de rééquilibrage territorial qui présente en outre l’avantage de proposer des règles communes à l’ensemble des établissements publics et privés ».
En termes de structuration de l’offre de soins, la FHF a également défendu le renforcement de la logique de responsabilité territoriale, laquelle passe par le renforcement des projets territoriaux de santé mentale (PTSM). La Fédération souhaite notamment que ces PTSM fassent l’objet d’une contractualisation et que les membres des CPTS puissent rejoindre les territoires de santé mentale. « Il faudra aussi veiller à la pérennisation de la structuration des territoires de santé mentale qui sont à l’initiative des acteurs eux-mêmes », a estimé le Dr Christian Muller.

Soucieux de renforcer l’attractivité de la psychiatrie, le Pr Jean-Louis Senon a également appelé à lutter contre la stigmatisation de la maladie mentale et à valoriser les aspects relationnels, compassionnels et d’humanité qui structurent l’activité de ces professionnels.

 

 

 

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