Psychanalyse versus neurosciences : le mécanisme du refoulement décrypté

Des chercheurs de l'Inserm, de l'hôpital Saint-Anne et de l'université Paris Descartes mettent au jour les mécanismes qui nous font "refouler"certains souvenirs

Des chercheurs de l’Inserm, du centre hospitalier Sainte-Anne et de l’Université Paris Descartes montrent qu’il est possible d’altérer inconsciemment des souvenirs. Cette démonstration expérimentale du concept psychanalytique de "refoulement" a été publiée dans la revue Cognition.

Les chercheurs en neurosciences ont déjà mis en évidence depuis quelques années la possibilité d'altérer un souvenir par un effort conscient. C’est-à-dire de diminuer notre capacité à se le remémorer. Cet effet se traduit par une désactivation des hippocampes cérébraux, structures du cerveau impliquées dans l’encodage de la mémoire.

Les récents travaux menés sous la direction du Pr Raphaël Gaillard par les équipes du Centre de Psychiatrie et de Neurosciences de l’Inserm, du centre hospitalier Sainte Anne et de l’Université Paris Descartes montrent que ce processus peut aussi être mis en oeuvre inconsciemment.

Une possible altération inconsciente de la capacité à se souvenir

Afin de recréer en laboratoire les conditions d’un mécanisme de remémoration inconscient, des personnes volontaires ont appris des paires de mots associés (par exemple, bougie-champagne, balade-colline…) puis étaient entraînées, lorsque le premier mot leur était présenté, soit à penser au second mot de la paire, soit à s’empêcher d’y penser, en fonction d’un signal visuel. Ces signaux visuels donnant la consigne de penser ou de s’efforcer de ne pas penser au second mot de la paire étaient parfois présentés de façon subliminale, c’est-à-dire trop brièvement pour accéder à la conscience. Dans ce cas, les volontaires devaient déterminer le plus rapidement possible si le premier mot était masculin ou féminin. Bien que ces signaux n’aient pas été consciemment perçus, les chercheurs ont mis en évidence une altération sur la capacité à se remémorer le second mot.

De ce fait le signal associé à la consigne de ne pas penser au second mot a diminué la capacité de remémoration de ce mot et le signal associé automatiquement à la consigne d’y penser l’a augmenté. Cette étude démontre ainsi qu’il est possible de manipuler inconsciemment le souvenir d’un mot.

Une nouvelle étape dans l'exploration de l'inconscient

Ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives dans la compréhension des phénomènes psychiques inconscients. Si, dans le cadre du laboratoire et le temps d’une expérience de 2 heures, il est possible de démontrer un tel phénomène de refoulement, dans la vie quotidienne la répétition d’indices altérant un souvenir pourrait avoir des effets majeurs.
Plus généralement, ces résultats confirment que la mémoire est susceptible de distorsions, voire de manipulations y compris insconscientes : de quoi regarder d'un autre oeil les témoignages comme la biographie de chacun.