Nathalie Bompays (EPS de Ville-Evrard) : « Trouver des solutions d’aval demande beaucoup de temps et d’énergie »

Nathalie Bompays @EPSVille-Evrard

Mis en place en 2003 au sein de l’établissement public de santé mentale de Ville-Evrard, le service de coordination de l’action sociale représente un atout majeur en termes de gestion des ressources humaines, de travail partenarial à l’échelle du département et de promotion de l’action sociale pour un accompagnement plus efficient des patients. Entretien avec Nathalie Bompays, coordinatrice de l’action sociale.

Dans quelles circonstances le service de coordination de l’action sociale a-t-il été mis en place ?

Suite à la publication du décret n°93-652 du 26 mars 1993 portant statut particulier des assistants socio-éducatifs de la fonction publique hospitalière, nous avons obtenu un accord de principe de la direction et de la communauté médicale pour la mise en place de ce service en 2003. Quinze ans plus tard, nous réalisons à quel point ce service représente un atout en termes de conseils techniques, de défense de l’identité professionnelle ou encore de réflexions sur la pratique et l’éthique. L’action sociale est désormais intégrée d’emblée dans la réflexion collective sur le projet médical et la notion de réseau partenarial a pris tout son sens avec l’objectif constant d’identifier les meilleures solutions en termes d’accompagnement de nos patients. Nous veillons par ailleurs à prendre soin de nos travailleurs sociaux et à enrichir en permanence leur « boite à outils » pour que leur pratique soit la plus efficiente possible.

Quels sont vos principaux partenaires ?

Ils sont très nombreux. Je citerai le Conseil départemental et toutes ses composantes (Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), directions de l’action sociale, des personnes âgées et des personnes handicapées) ; les circonscriptions d’action sociale ; les acteurs médico-sociaux (instituts médico-éducatifs, maisons d’accueil spécialisé, foyers de vie, foyers d’accueil médicalisé…) ; les services intégrés de l'accueil et de l'orientation (SIAO) ; les mandataires judiciaires ; la délégation territoriale de l’Agence régionale de santé… Nous avons également signé des conventions avec la Caisse primaire d’Assurance maladie et avec la Caisse d’Allocations familiales pour formaliser notre partenariat. C’est aussi le cas avec la MDPH : lorsque l’un de nos patients est en rupture d’Allocation aux adultes handicapés (AAH) par exemple, la Maison départementale accepte d’évaluer la situation en urgence. Tout ce travail a pour but de mettre du lien et du liant, d’un point de vue opérationnel, de faciliter le quotidien des travailleurs sociaux pour offrir la meilleure prise en charge possible.

La Seine-Saint-Denis concentre nombre de problématiques liées à la précarité. Comment décririez-vous l’évolution de votre service au cours des dernières années ?

Les files actives des assistantes sociales augmentent et les situations se complexifient. Je pense à l’accueil des migrants par exemple. Nous sommes face à des personnes qui n’ont plus rien. Une assistante sociale du service de périnatalité a même récemment envoyé un mail à tous ses collègues pour essayer de récupérer quelques vêtements pour bébé… Ces situations demandent un investissement énorme pour faciliter l’accès aux soins mais aussi l’accès aux droits, en collaboration avec des associations comme le Comede ou la Cimade. Mais je le redis, nous répondons toujours immédiatement présent lorsqu’il s’agit de soutenir les assistantes sociales et de leur permettre de faire face à des situations complexes. Libérer la parole et faciliter la pratique de nos travailleurs sociaux au sein de l’hôpital est notre objectif premier.

Au-delà de cette aide individuelle, avez-vous mis en place des réunions de groupes ?

Nous organisons trois types de réunions : des réunions mensuelles au cours desquelles nous abordons l’actualité de l’institution et où nous recevons des invités extérieurs qui sont des partenaires potentiels. Les derniers étaient des assistantes sociales de commissariat par exemple. Une deuxième réunion mensuelle est consacrée à la réflexion sur nos pratiques. Par exemple, que faire si l’assistante sociale pense qu’il faut signaler une situation de maltraitance à l’Aide sociale à l’enfance alors que les autres membres de l’équipe n’y sont pas favorables ? Ce sont les expériences des uns et des autres qui vont permettre à chacun de repartir avec une « boite à outils » plus complète. Enfin, la troisième instance travaille sur une problématique précise : après avoir traité la question de l’accompagnement de certains de nos patients vers la Belgique, nous avons décidé d’aborder l’impact du numérique sur le travail social. Car pour nos patients psychotiques, la dématérialisation représente un frein majeur à l’insertion sociale.

L’évolution des postes socio-éducatifs sur dix ans est caractérisée par la montée en puissance des éducateurs spécialisés qui sont passés de 41 à 75. Pourquoi avoir misé sur l’approche éducative ?

Face à la pénurie d’infirmiers et à la suppression du diplôme d’infirmier de secteur psychiatrique en 1992, certains médecins-chefs ont proposé de recruter des éducateurs spécialisés, pour leurs compétences en termes d’accompagnement. Si je prends l’exemple de notre hôpital de jour pour enfants autistes, sur 16 professionnels, 8 sont infirmiers et 8 sont éducateurs spécialisés. Mais d’autres pôles ont fait des choix différents.

Si vous aviez une baguette magique, que souhaiteriez-vous pour votre service ?

Que le statut des assistantes sociales relevant de la Fonction publique hospitalière (FPH) évolue ! Ces professionnels perçoivent en début de carrière 1.450 euros net et 2 000 euros net après plus de 15 ans d’ancienneté. Certains collègues quittent le service à regret, pour des raisons financières. Car s’ils sont seuls, voire seuls avec un enfant, ils se retrouvent eux-mêmes très vite en situation précaire… Les travailleurs sociaux sont certes passés en catégorie A de la FPH – ce que nous réclamions -, mais malheureusement sans évolution des grilles salariales. J’aimerais aussi augmenter le nombre d’assistantes sociales par pôle. Elles ne sont que trois au pôle adulte et au regard des files actives, la plupart sont débordées par le nombre de demandes et de situations complexes. Trouver des solutions d’aval demande beaucoup d’énergie et de temps.

Loïc Scordia, coordinateur adjoint de l’action sociale : « Valoriser l’expertise des travailleurs sociaux »
« Notre présence sur le terrain est une expérience fondamentale. C’est ce que nous avons pu vivre qui permet d’aider les assistants sociaux au quotidien. L’accompagnement se fait au plus près de leurs attentes, de leurs préoccupations mais aussi des enjeux liés aux postes. Les travailleurs sociaux étant très minoritaires au sein des équipes soignantes, il n’est jamais évident pour eux de se faire entendre. Le soutien que je leur apporte, en qualité de coordinateur adjoint, consiste aussi à promouvoir leur technicité et à faire entendre leur voix. Nous ne sommes pas des gratte-papiers, nous devons valoriser notre expertise. »

 

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