L’EPSM de Ville-Evrard ouvre une unité Covid à Neuilly-sur-Marne

Dr Wanda Yekhlef @EPSM Ville-Evrard

Entretien avec le Dr Wanda Yekhlef, Chef de pôle Cristales (1) de l’établissement public de santé mentale (EPSM) de Ville-Evrard et membre de la cellule de crise mise en place par la Direction générale pour faire face à la pandémie. Le Dr Wanda Yekhlef est également membre du Groupe national ressources Psy/Covid-19.

Comment l’EPSM de Ville-Evrard prend-il en charge les patients atteints par le Covid-19 ?

Nous avons décidé d’ouvrir en urgence une unité spéciale Covid pour les patients testés positifs - par PCR (2) ou suite à un scanner thoracique -, ou fortement suspectés. Un pavillon dédié à cette prise en charge a été rendu fonctionnel en moins d’une semaine. Et les quatre premiers patients ont été accueillis à Neuilly-sur-Marne le 20 mars dans des chambres individuelles. Au 2 avril, le nombre de patients ayant bénéficié d’une hospitalisation était de 24, dont 6 patients admis directement en provenance de l’hôpital général et 7 patients ayant présenté des Covid 19 avec détresse respiratoire. Ceux qui sont sortis ont réintégré les unités d’hospitalisation temps plein de leur secteur ou le domicile pour l’un d’entre eux. Deux patients ont été testés positifs au sein de leur UHTP et sont sortis directement à leur domicile avec un suivi par le médecin psychiatre et le médecin généraliste traitant. A ce jour, le nombre de patients testés positifs sur l’établissement est en croissance exponentielle et nous devrons très vite trouver à nouveau d’autre solution.

Quel est le profil de ces patients ? Sont-ils âgés ?

En Seine-Saint-Denis, nous prenons en charge de nombreuses comorbidités, qui sont autant de facteurs de risque potentiellement aggravants pour le Covid-19 : le diabète de type 1 et 2, l’hypertension artérielle, les cardiopathies, les bronchopneumopathies obstructives liées ou non au tabac, l’obésité morbide et quelques maladies qui génèrent des immunodépressions. Ces comorbidités, qui sont les plus observées en psychiatrie, sont la première cause d’hospitalisation, indépendamment de l’âge.

La prise en charge de patients atteints par le Covid-19 présente-t-elle des spécificités en psychiatrie ?

Les personnes qui présentent des pathologies psychiatriques en phase aiguë ont des difficultés récurrentes à intégrer les mesures barrières. Les messages doivent être constamment répétés et lorsque les deux médecins - psychiatre et somaticien - prennent la décision de faire sortir un patient, ils s’assurent de sa capacité à porter un masque et à préserver son hygiène des mains. Il est également difficile de faire respecter la distanciation sociale à des patients lourdement touchés par un handicap psychique ou mental, d’où l’impératif de bien protéger les soignants. Nous avons besoin de masques de protection et de sur-blouses, y compris plastifiées. Ce message n’a pas été suffisamment entendu. Le gouvernement a priorisé les établissements MCO mais la psychiatrie a aussi de grands besoins, particulièrement en Ile-de-France. Au regard de la croissance rapide d’occupation de nos lits, nous allons très vite être débordés. Ensuite, concernant les traitements, nous avons été amenés à baisser les doses, notamment de clozapine ou de lithium, qui ont des effets délétères chez les patients atteints de Covid-19. Dans le cas de la clozapine, les doses sont par exemple réduites de moitié.

Qui sont les professionnels qui exercent dans l’Unité Covid ? Avez-vous fait appel à la réserve sanitaire ?

Nous avons renforcé notre équipe médicale et soignante en faisant appel au volontariat et en mettant en place des alternances. Les médecins psychiatres changent ainsi tous les quinze jours. Il est important qu’ils puissent suivre des patients avec nous avant de les orienter sur leur secteur lorsque la décision de sortie est prise. L’accueil de nos médecins, infirmiers et aides-soignants a été très positif en réponse à l’appel à travailler dans cette unité malgré la contrainte de travailler douze heures d’affilée avec un équipement de protection. L’équipe est formidable et motivée. Concernent la réserve sanitaire, des étudiants de l’Institut de formation en soins infirmiers (IFSI) nous ont rejoints, et l’un d’eux travaille dans l’unité Covid. Les professionnels de la réserve sanitaire se sont en revanche davantage orientés vers les soins généraux, tout comme les internes d’Ile-de-France. Je les ai sollicités… sans succès. Mais deux médecins généralistes sont aussi venus renforcer le service de médecine polyvalente, permettant ainsi la continuité de la prise en charge au sein des autres unités.

Les soignants ne craignent-ils pas la contamination ?

La vague épidémique s’est abattue de manière brutale en Ile-de-France. Notre priorité a donc été de trouver dans nos réseaux respectifs les équipements de protection pour notre personnel. Nous sommes aujourd’hui en mesure de protéger l’ensemble de nos professionnels et de nos patients, y compris en ambulatoire. Encore faut-il que cela perdure. Mais ce virus fait évidemment peur, y compris à l’intérieur de l’hôpital. Les soignants ont les mêmes angoisses que la population générale. Nous veillons donc à la qualité de l’accompagnement et à la formation à distance grâce à des vidéos quotidiennes sur l’habillage, le déshabillage, le port du masque… Consignes et bonnes pratiques sont rappelées sans cesse.

Vous avez également intégré le Groupe ressources Psy/Covid-19. Quelle est sa finalité ?

La conférence des présidents de CME des établissements publics de santé mentale, présidée par le Docteur Christian Muller, a décidé de constituer ce groupe afin d’unir nos forces et de faciliter le partage d’expériences concernant par exemple la mise en place des unités Covid ou des unités « SAS entrants » qui visent à réguler les patients en fonction de l’évaluation clinique et du statut : testés positifs ou testés négatifs. Ce groupe ressources à vocation à faire remonter aux pouvoirs publics toute difficulté relative aux situations des patients et de leurs proches, mais aussi des équipes médicales et soignantes. La conférence a décidé de choisir des thématiques prioritaires confiées à des référents.

1 Coordination pour la recherche et l’information, les soins, les thérapeutiques, les analyses de laboratoire et l’éducation à la santé.
2 Pour "polymerase chain reaction". Cette technique de laboratoire permet de détecter des molécules de virus et de mesurer leur quantité dans un échantillon biologique.

 

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