A Ville-Evrard, des enseignements cliniques valorisent le métier d’infirmier en psychiatrie

Nadine Chastagnol, coordonnatrice générale des soins à l’EPS de Ville-Evrard @EPS Ville-Evrard

Pour convaincre les étudiants de l’attractivité de la psychiatrie, l’EPS de Ville-Evrard propose deux journées annuelles d’enseignements cliniques. Au-delà de la découverte des spécificités et de la richesse du soin infirmier dans cette discipline, ces temps d’échanges permettent aux équipes de soins de l’établissement de réfléchir collectivement à leurs pratiques. Et chaque année, des communications sont valorisées au salon infirmier.

« Les enseignements cliniques trouvent leur ancrage dans notre établissement depuis 2002 et s’ils ont beaucoup évolué, les principes et les objectifs restent les mêmes : renforcer l’attractivité de la psychiatrie pour les jeunes diplômés car souvent cette discipline les inquiète. Par ailleurs, ils ont tendance à s’orienter vers des domaines très techniques : la réanimation, les services d’urgencesDe notre côté, nous avions la volonté de valoriser le métier d’infirmier en psychiatrie », explique Nadine Chastagnol, coordonnatrice générale des soins à l’EPS de Ville-Evrard.
Deux temps forts dans l’année – sous la forme de deux journées organisées dans le nouveau quartier urbain de “Chapelle International” au nord de Paris - regroupent ainsi près de 150 étudiants en soins infirmiers, formateurs et soignants. Les enseignements s’appuient sur des vignettes cliniques, c’est-à-dire des cas concrets qui donnent aussi à voir le travail des ergothérapeutes, des psychomotriciens, des éducateurs spécialisés, des orthophonistes, etc. « En psychiatrie, les interventions sont pluriprofessionnelles, poursuit Nadine Chastagnol. On ne travaille jamais seul et c’est grâce au collectif que nous identifions les prises en charge les plus adaptées. Lors de ces journées, les temps d’échanges avec les étudiants sont volontairement longs, ces futurs professionnels se montrent souvent très réactifs et la pertinence de leurs questions est toujours une source de richesse ». Car le projet aide aussi les professionnels de santé à mener une réflexion approfondie et à argumenter sur le travail clinique au quotidien : « Nous devons trouver un langage commun pour susciter l’intérêt pour le travail en psychiatrie et contribuer à la transmission des savoirs, qu’il s’agisse du savoir-faire mais aussi du savoir-être. Ces journées mettent en lumière le travail de l’équipe, du service, de l’établissement tout en permettant de développer la réflexion sur des problématiques de santé et d’interroger nos propres pratiques. Le compagnonnage – autrement dit le parcours de professionnalisation des professionnels – est fondamental dans notre discipline. »

« Panser la pensée, penser le soin »

Ces journées sont portées par un comité d’organisation piloté par Catherine Amato, cadre de santé, et réunissant Sandrine Archambault, cadre de santé à l’IFSI, Anne-Irène Gagnon et Nicolas Simeonides, tous deux cadres de santé à l’EPS de Ville-Evrard, Murielle Lycke, cadre supérieur rattachée à la direction des soins et à l’origine de la création de ce comité et Virginie Mounier, cadre de santé en pédopsychiatrie. C’est le comité qui propose une thématique à la Direction des soins qui la valide ensuite collégialement. « Les membres du comité identifient également les intervenants et nous faisons aussi appel au centre de documentation et au service de la communication », souligne la coordonnatrice générale des soins.
Si l’initiative, portée par la Direction des soins infirmiers, est fortement soutenue par le président de la Commission médicale d’établissement (CME) et la directrice générale de l’établissement, elle bénéficie également de l’engagement fort des Instituts de formation en soins infirmiers (IFSI). Dix-neuf d’entre eux sont partenaires et certains ont même inscrit ces journées dans leur cursus de formation en complément des apports théoriques.
En 2019, le thème retenu est : « Panser la pensée, penser le soin – Si tu penses panser mes plaies, panse plutôt mes pensées. Ce sont mes véritables plaies ». Lors des premières éditions, chaque journée avait sa thématique. Jusqu’à ce qu’une seule soit privilégiée pour l’année afin de décliner le sujet sous différents angles : la prise en charge des enfants et des adultes par exemple.

img 0870Chaque journée regroupe près de 150 étudiants en soins infirmiers, formateurs et soignants. @EPS Ville-Evrard


Depuis quelques années, deux communications sont sélectionnées et proposées au salon infirmier. « Ce n’est pas un travail supplémentaire pour les équipes qui ont consacré du temps à leurs futurs collègues et à l’amélioration de nos pratiques. Diffuser nos communications est aussi très valorisant pour la communauté soignante et la directrice des soins que je suis », se réjouit Nadine Chastagnol.
Quant aux étudiants, l’absence de déperdition entre les deux journées et les notations très positives des évaluations confirment leur adhésion. « Ces enseignements modifient le regard des étudiants sur la psychiatrie. Les stages en psychiatrie sont aussi un excellent levier pour découvrir la multitude des pratiques. Nous évoluons dans un secteur où les concepts sont diversifiés et les courants de pensée très enrichissants : le comportementalisme, la psychothérapie institutionnelle, la thérapie familiale… D’où notre volonté de donner envie de travailler dans un établissement 100% psychiatrique », conclut Nadine Chastagnol.

 

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