À Ville-Evrard, un soutien psychologique apporté aux soignants

Dès le début de l’épidémie et du confinement, le Dr Pascal FAVRÉ, praticien hospitalier, chef de pôle à l’EPSM de Ville-Evrard et le Dr Noël POMMEPUY, Président du collège médical de la communauté psychiatrique de territoire du 93 et ont mis en œuvre un accompagnement psychologique destiné aux professionnels de santé. Pascal Favré témoigne.

Comment est né le dispositif Accompagnement Psychologique des Professionnels de Santé (APPEX) ?

Plusieurs constats ont présidé à la création de l’APPEX : nous savions que les professionnels de santé seraient davantage exposés à une contamination par le Covid-19 que la population générale et nous voulions aussi les préparer à la question du tri médical qui ne s’est finalement pas posée dans notre pays, ou de manière très exceptionnelle. À cela se sont ajoutés les décès d’un professionnel de santé à Ville-Evrard et d’une Directrice des soins par intérim à l’hôpital de Montfermeil. Enfin, notre établissement proposant plusieurs consultations spécialisées dans la prise en charge des psychotraumatismes, nous sommes particulièrement sensibilisés à ces questions. Le Dr Noël POMMEPUY a rapidement mis en place une Cellule d’Accompagnement Médico-Psychologique (CAMP) pour les patients Covid hospitalisés et leurs proches dans les hôpitaux de Montfermeil et de Montreuil. J’ai pour ma part proposé un accompagnement psychologique de nos professionnels de santé (APPEX).

S’agissait-il de consultations individuelles ou de groupes de parole ?

Notre objectif initial était d’offrir un espace de parole individuel à chaque professionnel, en lien avec les psychologues du personnel des trois établissements de Ville-Evrard, Montfermeil et Montreuil. Mais face aux difficultés des soignants à « franchir le pas », nous avons rapidement mutualisé les moyens de la Camp et de l’APPEX. Des psychiatres et des psychologues se sont rapidement déplacés, sur le modèle des maraudes, dans les services impactés par l’angoisse liée au Covid, pour intervenir au titre des CAMP et de l’APPEX. Nous avons pris le temps de réaliser des analyses des pratiques et de mener des réflexions communes, très salutaires, avec les équipes. Cette première étape a facilité les recours individuels des professionnels de santé - près d’une quarantaine - à l’APPEX. Nous avons organisé des rencontres dans toutes les unités d’hospitalisation temps plein, y compris la nuit. L’unité de Ville-Evrard accueillant les patients testés positivement (PCR) au Covid-19 a par exemple été visitée à cinq reprises.

favre

Le Dr Pascal Favré

Le dispositif APPEX a-t-il vocation à s’inscrire dans la durée ?

Durant le confinement, Mme Yolande Di Natale, Directrice du GHT du Nord Est parisien, avait mis à la disposition de l’APPEX et de la CAMP les 28 psychologues des hôpitaux de Montreuil et Montfermeil, l’EPSM de Ville-Evrard organisant leurs interventions. Avec le déconfinement et la reprise de l’activité hospitalière, ces professionnels ne sont plus disponibles. Nous avons donc mis un terme aux interventions de la CAMP et nous mettons en pause les interventions de l’APPEX telles que nous les connaissions depuis le 15 mars. Mais l’établissement de Ville-Evrard a bien évidemment pris en considération le besoin des professionnels de bénéficier d’analyses de pratiques. Une réflexion est en cours pour que les équipes qui travaillent en intra-hospitalier ou dans les structures ambulatoires puissent y accéder. La psychologue du personnel de Ville-Evrard est également disponible pour répondre aux demandes des personnels, de même que les unités de soins spécialisées dans la prise en charge des psychotraumatismes. Trois dispositifs prennent donc actuellement le relais de l’APPEX.

Quelles ont été les principales difficultés exprimées par les soignants ?

Au début de l’épidémie, le manque de moyens de protection et les dans les discours des autorités de santé ont posé problème. En 2005, nous avons été formés au port obligatoire de FFP2 et quinze ans plus tard, les pouvoirs publics nous disent que les masques ne servent à rien ! Et ils nous demandent, finalement, de les porter. Les discours discordants ont beaucoup heurté les professionnels. Ensuite, la peur a été très présente. Le nombre de personnes ayant contracté la Covid-19 et qui en décèdent est loin d’être négligeable et chacun sait que la proportion de soignants ayant contracté le virus est élevée. Au sein de nos équipes, plusieurs d’entre eux ont été malades. Les personnels avaient aussi à gérer la crainte de contaminer leur propre famille, tout comme la particularité de venir travailler en traversant ce qui ressemblait à des villes fantômes. Mais beaucoup ont fait preuve d’un très grand dévouement et d’une belle empathie pour leurs patients mais aussi pour leurs collègues. La conscience de leur rôle m’a ému et redonné confiance dans la nature humaine. C’est ce que je retiendrai de cette crise.

Retenez-vous d’autres enseignements concernant cette fois les patients ?

Des études sont actuellement en cours sur le système immunitaire des personnes atteintes de troubles bipolaires et de schizophrénie car elles souffrent moins du Covid-19 que la population générale. Une autre hypothèse envisagée est l’action protectrice des traitements médicamenteux antipsychotiques. Mais au-delà de ces questions scientifiques, l’un des grands enseignements de cette crise est le développement d’une nouvelle forme de relation avec nos patients. Nous étions ensemble face à la menace. Lors des consultations, ils nous demandaient « comment allez-vous ? » et ils repartaient en nous rappelant de prendre soin de nous. Lorsque des soignants ne répondaient pas à ces questions qu’ils jugeaient trop personnelles, nous constations un risque de rupture de la relation thérapeutique.

Vous prenez soin des patients, de vos collègues mais… qui prend soin de vous ?

En règle générale, quand vous travaillez auprès de personnes souffrant de psychotraumatismes, une supervision par des pairs est mise en place car il ne faut pas nier la propension des soignants qui écoutent les souffrances des autres à développer eux-mêmes des psychotraumatismes. Dans la situation actuelle, cet accompagnement est particulièrement important. Des professionnels d’APPEX ont développé des troubles du sommeil, d’autres ont noté une plus grande fatigabilité ou irritabilité. Il est donc nécessaire qu’ils soient eux-mêmes pris en charge.

 

À lire aussi

Retrouvez toutes nos actualités dans la newsletter

Pour vous abonner à notre newsletter, veuillez svp saisir votre adresse email dans le formulaire ci-dessous et cliquer sur le bouton « Envoyer » :

* Champ obligatoire

Vous pouvez consulter notre politique de confidentialité.

Vous pouvez mettre à jour vos préférences d’abonnement.