Adeline Hazan : « Les hospitalisations sans consentement sont trop nombreuses »

Adeline Hazan @CGLPL

Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, Adeline Hazan s’inquiète de la hausse des hospitalisations sans consentement et plaide pour une psychiatrie « plus humaine ». Entretien.

Dans votre rapport d’activité 2018, vous donnez une place plus importante que par le passé aux questions touchant la psychiatrie. Pour quelles raisons ? 

La psychiatrie n’est pas suffisamment présente dans le débat public alors que les privations de liberté sont extrêmement importantes dans nombre d’établissements. Les hospitalisations sans consentement sont aussi trop nombreuses. Il est urgent de réfléchir aux solutions pour les réduire en développant les centres médico-psychologiques (CMP), les appartements thérapeutiques, et d’une façon plus générale tous les dispositifs qui permettent de prendre en charge rapidement des personnes qui souffrent de troubles psychologiques et psychiatriques. Actuellement, il faut attendre cinq ou six mois avant d’obtenir un rendez-vous dans un CMP. Quelqu’un qui commence à présenter des symptômes de mal-être a tout le temps de voir sa dépression augmenter ou même de décompenser une maladie psychiatrique…

Parmi les atteintes aux droits fondamentaux des personnes hospitalisées en psychiatrie figure souvent le recours à la contention ou à l’isolement. Cette pratique est-elle liée à un manque de moyens dans les hôpitaux ?

C’est certes une question de moyens car pour faire baisser la pression quand un patient s’agite, il est nécessaire qu’un infirmier passe du temps avec lui. Par manque de personnel et donc de temps, la solution la plus simple est le placement en chambre d’isolement. Mais c’est aussi une question de culture d’établissement car lorsqu’un chef de service décide qu’il n’y aura pas d’isolement, les professionnels respectent parfaitement la consigne. Il est tout à fait possible d’éviter ces pratiques en organisant différemment le service.

Un autre sujet récurrent concerne le nombre de malades psychiatriques dans les prisons françaises…

Nous travaillons également cette question car il y a aujourd’hui trop de personnes détenues qui présentent des troubles psychiatriques. Ceux-ci peuvent être déclenchés par l’incarcération ou être antérieurs à celle-ci soit parce qu’ils n’ont pas pu être décelés, soit parce qu’ils ont été insuffisamment pris en compte par le magistrat. Une étude de 2004 indiquait déjà que 75% des détenus présentent un trouble mental et 25% des détenus souffrent de psychose grave. Les tendances n’ont pas beaucoup évolué. Or il est impossible de se bien soigner en prison.

Les Unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) ne constituent-elles pas une réponse satisfaisante ?

En cas d’incarcération, il y a trois niveaux de dispositifs. Premièrement, une unité sanitaire accueille les détenus en ambulatoire. Ensuite, des services médicaux psychologiques régionaux sont en charge de la prévention et de la prise en charge des soins psychiatriques en milieu pénitentiaire mais ils ne sont que 26 en France et certaines régions en sont dépourvues. Enfin, quand les troubles sont graves, un transfert est effectivement possible en unité hospitalière spécialement aménagée. Mais là encore, elles ne sont que neuf même si la deuxième phase de construction a été annoncée pour porter ce nombre à 17. Actuellement, seules 450 places sont disponibles sur l’ensemble du territoire. Ce qui est totalement insuffisant. Par ailleurs, lorsque les détenus réintègrent l’établissement pénitentiaire, nous ne pouvons que déplorer l’absence de continuité de prise en charge et bien souvent une aggravation de la pathologie liée à l’insuffisance de soins en détention.

Votre prédécesseur, Jean-Marie Delarue s’était prononcé en faveur d’un contrôle des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Quelle est votre position sur ce sujet ?

Je n’ai pas la même approche que Jean-Marie Delarue. Car si je suis d’accord pour reconnaître qu’il peut y avoir une privation de liberté dans les Ehpad, celle-ci n’est pas décidée par une autorité publique. Le contrôle ne peut donc pas relever de notre institution. Je serais en revanche favorable à ce qu’une autorité administrative indépendante soit chargée spécifiquement de cette question.

 

À lire aussi