A Ville-Evrard, accompagner les auteurs et les victimes de violences sexuelles et conjugales

@criavs

Le Dr Gabrielle Arena, psychiatre des hôpitaux, a intégré l’établissement de Ville-Evrard en 1991. En 2008, elle a créé le Centre Ressources pour Intervenants auprès d’Auteurs de Violence Sexuelle Ile de France Nord-Est (CRIAVS). Et depuis 2010, elle assure une consultation spécifique autour du traitement de la violence sexuelle et des soins pénalement ordonnés (Unité de Psychiatrie et Psychiatrie Légale 93).

En France, la loi du 17 juin 1998 relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles sur mineurs, prévoit un suivi socio-judiciaire avec une injonction de soins. Celle-ci nécessite une expertise à la fin de la détention qui conclut à la demande de soins. « Les obligations de soins, en revanche peuvent être demandées avant ou après le jugement, par les magistrats. Ainsi, les auteurs de violence peuvent avoir des obligations de soins tout au long de leur parcours pénal y compris après plusieurs années d’incarcération, dont celles de se soigner », explique le Dr Gabrielle Arena, psychiatre des hôpitaux à l’EPSM de Ville-Evrard.
La durée de l’obligation ou de l’injonction de soins est fixée par le magistrat ou le juge d’application des peines. Elle varie en fonction de l’infraction commise et de sa gravité
(délit ou crime) : de quelques mois à plusieurs années. Dernièrement, les durées se sont allongées, deux personnes sous main de justice, sont venues à la consultation avec des injonctions de soins de … vingt ans.
L’équipe soignante est pluridisciplinaire composée de psychiatres, de psychologues et d’une infirmière. Tous sont tenus au secret professionnel comme n’importe quel soignant sauf cas extrêmes, menace sur la vie d’autrui par exemple. En cas de non-respect du suivi, seul le conseiller d’insertion et de probation ou le médecin coordonnateur peuvent informer le magistrat.

Parler sans être jugé

« Il existe différents profils d’auteurs de violence, souligne le Dr Gabrielle Arena. Certaines personnes ont des capacités d’introspection mais ce ne sont pas les plus nombreuses, une prise en charge psychothérapeutique peut être proposée. Parfois, certaines nous disent : « on m’a demandé de venir mais je n’ai rien à dire ». D’autres nient ou minimisent purement et simplement les faits. En tant que soignants, nous nous intéressons à leur histoire, nous reprenons avec eux leurs antécédents personnels, judiciaires, familiaux, etc… Nous nous intéressons au contexte dans lequel s’est déroulé le passage à l’acte afin d’identifier les situations à risque pour chacun. Finalement, tous ont quelque chose à raconter. Cette consultation leur permet de parler sans être jugé. »
476 auteurs de violences sexuelles et conjugales (soit 150 par an) ont été suivis à l’UPPL93 depuis sa création. Ce lieu accueille et accompagne aussi, à présent, des victimes de violences conjugales ou sexuelles.

« Pourquoi est-il difficile de sortir de ces situations ? »

Le 28 janvier prochain, le Centre Ressources Île-de-France Nord-Est de l’EPS de Ville-Evrard organise une journée d’études consacrée à la violence dans le couple. « Nous aimerions aborder ce qu’il se passe du côté des hommes et au sein du couple lorsque la violence surgit. Pourquoi est-il difficile de sortir de ces situations ? Quels sont les enjeux ?», interroge le Dr Gabrielle Arena qui abordera « la violence conjugale à l’ère du numérique ».
Parmi les autres sujets qui seront traités en janvier prochain :
« Amour et Violence, le défi de l'intimité » par le Dr Roland Coutanceau, Psychiatre, Responsable de l'Antenne de Psychiatrie et de Psychologie Légales et du CRIAVS Île-de-France Pôle Ouest ;
« L’expert face à l’homicide conjugal » par Nicolas Estano, Psychologue à l'Unité de Psychiatrie et de Psychologie Légales 93, Expert près la Cour d'Appel de Paris ;
« Mesurer les violences au sein du couple : quelles données pour quelles informations ? » par Aurélien Langlade, Responsable des études criminologiques à l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales.
Ou encore « Les "nouvelles masculinités" : fin ou regain des violences dans le couple ? » par Magali Taïeb-Cohen, Psychologue Psychanalyste, Diplômée en Sciences économiques.

En savoir plus sur la Journée d’études le 28 janvier 2020 « La violence dans le couple »

La sensibilisation sur la violence faites aux femmes en France existe depuis les années 70 (mouvement féministe). Le phénomène prend de l’ampleur dans les années 2000 (Enquête Nationale Envers la Violence Faites aux Femmes ENVEFF). En 2010, une politique de lutte contre les violences dans le couple, est enfin décrétée « grande cause nationale ».
Récemment le terme de « féminicide » a été inventé pour désigner le meurtre d’une femme par son conjoint. En quoi cet homicide est-il différent des autres meurtres ? Les chiffres avancés de 140 à 150 femmes assassinées par an ne changent pas beaucoup depuis 10 ans. Pourquoi la violence dans le couple n’a-t-elle pas vraiment diminué ? Pourquoi est-elle encore d’actualité malgré les différentes campagnes de sensibilisation et les moyens mis en œuvre par les différents gouvernements pour aider les femmes victimes ?
Que se passe-t-il dans un couple qui favorise l’installation de la violence ? Comment le compagnon (le plus souvent) aimé et aimant devient-il progressivement le bourreau quotidien, harceleur, persécuteur ? Séparation, jalousie, difficultés économiques ou sociales…, quelles sont les causes favorisant la détérioration du couple et son installation dans la violence ? Comment la violence conjugale, exercée par l’un des conjoints sur l’autre, se met elle en place aujourd’hui ? Les situations favorisant cette dérive sont-elles toujours les mêmes ou bien existe-t-il de nouvelles formes de maltraitance ?
Si des moyens sont et doivent être déployés pour aider et soutenir les victimes, la lutte contre les violences conjugales passe aussi par la prise en charge du sujet violent. Au-delà des sanctions pénales, que pouvons-nous proposer sur le plan thérapeutique, social voire éducatif à ces auteurs, pour les amener à se responsabiliser, à réfléchir sur l’impact de leurs comportements violents, aux conséquences psychologiques sur leurs conjoint(e)s, leurs enfants et ainsi, remettre du lien, du sens et prévenir ?

Inscriptions :
Centre Ressources Île-de-France Nord-Est de l’EPS de Ville-Evrard :
Tél. : 01 43 09 31 06
Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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