La moitié des Français a souffert de symptômes dépressifs pendant la pandémie

Dépression des soignants, suicides des étudiants, anxiété de la population générale: autant de problèmes qui témoignent de la dégradation de la santé mentale française, aggravée par le contexte de la pandémie. La conférence "Digitale et Santé Mentale", organisée ce 11 février par le Club Digital Santé, pointe l'impact du virus sur la psyché française et identifie les populations les plus risques. 

« 18,8% des Français ont augmenté leur consommation d’alcool pendant l’épidémie», rapporte l’étude de cohorte Confins, lancée en avril 2020, par l’entreprise Kap Code. Selon son directeur général, Adel Mebarki, cette enquête rend visible l’impact de la pandémie sur la santé mentale des Français et permet surtout, d’avoir «un suivi de l’impact émotionnel, psychologique et comportemental de la population générale».

Kap Code a également observé cet impact sur le milieu étudiant, fortement ébranlé par la crise sanitaire. Le développement de symptômes dépressifs touche environ la moitié des Français (48,5%). Chez les étudiants, cela atteint 67,3%.

Les étudiants, parmi les plus touchés

De manière générale, l’étude Confins établit un impact plus important sur la communauté estudiantine. 42,8% des étudiants éprouvent un sentiment de solitude, contre 31,5% des Français. La même logique s’applique sur les pensées suicidaires: 12,7% des étudiants ont déclaré en avoir eu contre 8% de la population générale.

Cet effritement de la santé mentale induit l’augmentation de certaines pratiques. La consommation de médicaments, pour dormir, est en hausse de 4% chez les étudiants et de 3,5% sur l’ensemble de la population. À l’inverse, la consommation d’alcool s’est intensifiée de 18,8% chez les Français, contre 13,1% des étudiants. La montée de ces usages peut avoir un impact, à long terme, sur le système de soin.

« Un soignant qui ne va pas bien, c'est un patient mal soigné »

La santé mentale des agents de soins est aussi mise à rude épreuve. Fin janvier, le Collectif Santé en Danger alertait déjà sur la souffrance du milieu hospitalier. Pour l’association Soins aux professionnels de la Santé (SPS), une santé mentale fragile des soignants a un impact sur la qualité des soins «Ce qui peut avoir des conséquences dramatiques», souligne Catherine Cornibert, directrice des actions et de la communication. 

La profession représente 2,3 millions de personnes en France rappelle-t-elle. D’après une enquête de la SPS, 80% des soignants estiment ne pas avoir été soutenu psychologiquement, durant le premier confinement, et parfois physiquement. Catherine Cornibert prend l’exemple des préparatrices en officines qui ont été «agressées physiquement, puisqu’elles ne pouvaient pas donner autant de masques que souhaité».

Toujours selon l’analyse de la SPS, 70% des professionnels de santé demandent des ressources, afin d’alléger la pression du système de soins, mais aussi pour se détendre. Ils veulent plus de matériel afin de «se relaxer, méditer, mieux dormir ou encore pratiquer des activités physiques».

#j'assumelapsy

Plusieurs initiatives, notamment numériques, ont été mises en lumière durant cette conférence. Ces projets s’orientent notamment vers une forme essentielle de prévention: le suivi psychologique. Toutefois, la population française, comme les professionnels de santé, éprouvent une forme de résistance face aux thérapies. Selon le Dr. Fanny Jacq, psychiatre, le principal problème est celui de la stigmatisation sociale: «les patients préfèrent faire croire qu’ils vont chez le coiffeur, plutôt que chez le psy».

Pourtant, une personne sur cinq sera touchée par des problèmes psychiques, en France, explique la psychiatre et directrice santé mentale pour Qare. Afin de rendre la psychiatrie «moins tabou», cette entreprise a lancé plusieurs opérations de communication, comme le hashtag j’assumelapsy.

Un soutien psychologique numérique

Le Dr. Fanny Jacq évoque une autre initiative dans l'air du temps: le soutien psychologique numérique Mon Sherpa. Disponible sur les stores, il s’agit d’une application permettant d’identifier les symptômes dépressifs et d’établir un profil personnalisé. Mon Sherpa propose ensuite plusieurs activités à l’utilisateur, en se basant sur les «180 exercices de thérapies comportementales et cognitives» du système. Mon Sherpa est aussi accessible par les praticiens, offrant un véritable suivi des patients entre deux séances.

L’association SPS a également lancé une plate-forme d’écoute téléphonique, pour aider et orienter les utilisateurs vers des professionnels de santé, 24h/24 et 7J/7. L’organisme a reçu plus de 6000 appels durant l’année 2020, avec 20 appels d’urgences vitales, nécessitant une intervention immédiate. «En comparaison, la plate-forme du ministère n’a reçu que 300 appels», précise Catherine Cornibert.

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