Vers un monde sans douleurs ?

Vers un monde sans douleurs ?

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Le 8 décembre, l'Institut Sapiens a consacré un webinaire au traitement des douleurs chroniques, « trop souvent sous-estimées et mal prises en charge », auquel ont participé des experts de la santé : médecins, représentant politique et patients.

Selon un sondage Ifop réalisé pour l’Institut Sapiens auprès des plus de 18 ans, 22% des Français souffrent de douleurs chroniques. Or seuls 15% des personnes interrogées ont connaissance de solutions technologiques non médicamenteuses. « Ce qui nécessite un effort d’acceptation et d’accessibilité à ces technologies », a souligné Dominique Calmels, cofondateur de l’Institut Sapiens avec l’économiste Olivier Babeau. Car aujourd’hui, 70 % des personnes souffrant de douleurs chroniques ne reçoivent pas de traitement approprié.
Violaine D’Ans, anesthésiste-réanimateur et algologue, a présenté différents axes d’amélioration : le dépistage précoce, l’optimisation du parcours de soins avec l’accès à une offre pluridisciplinaire sur l’ensemble du territoire, une formation des futurs médecins à l'algologie ou encore une meilleure information sur les recommandations de la Société française d'étude et de traitement de la douleur. Elle a aussi détaillé les atouts de la neuromodulation qui consiste à placer des électrodes sur les trajets nerveux, là où sont ressenties les douleurs. « Il s’agit de techniques non addictives, contrairement aux opioïdes, a-t-elle commenté. Les méthodes sont éprouvées mais elles demeurent malheureusement sous-utilisées en raison des difficultés d’accès aux centres antidouleurs et au manque de médecins spécialisés ».

Parmi les solutions disponibles afin de soulager la douleur figurent la TENS (pour Transcutaneous Electrical Nerve Stimulator, stimulateur électrique transcutané en français) - des électrodes placées sur la peau transmettent un courant électrique de faible tension afin de saturer les récepteurs de la douleur au niveau de la moëlle – ou encore la rTMS pour stimulation magnétique transcrânienne répétitive. « Mais cette méthode indolore et non invasive qui agit sur l'activité électrique du cerveau est malheureusement non remboursée (le coût d’une séance est de150 euros), alors que les patients qui en bénéficient peuvent poursuivre une vie professionnelle et retrouver une vie familiale et sociale », a souligné le Dr Violaine D’Ans. Lorsque la TENS et la rTMS sont insuffisantes, il est également possible de recourir à la stimulation médullaire qui consiste à implanter une électrode de manière percutanée ou après une chirurgie à la surface de la dure-mère, qui enveloppe le cerveau et la moelle épinière.

Du côté des patients

Nathalie Deparis, Présidente de l’association francophone pour vaincre les douleurs (AFVD) qui regroupe depuis 2006 des patients qui souffrent essentiellement de douleurs neuropathiques, a quant à elle rappelé que « la douleur, qui est invisible, est rarement prise au sérieux par des médecins qui continuent de nous dire que « c’est dans notre tête » alors que nos relations familiales, professionnelles et sociales sont dégradées. Certes, les traitements médicamenteux existent mais ceux qui nous soulagent nous laissent souvent sur notre canapé avec des nausées et « la tête dans les nuages ». Les professionnels de santé sont souvent dépourvus alors que le Covid long va générer d’autres douloureux chroniques ». Catherine Deroche, Sénatrice de Maine-et-Loire et Présidente de la Commission des Affaires sociales du Sénat n’a d'ailleurs pas hésité à parler d’un « enjeu de santé publique longtemps négligé car les opioïdes qui sont souvent prescrits ont certes des conséquences sur la douleur mais aussi sur la vie sociale et le comportement des patients. Le retour sur investissement devrait être intégré aux critères d’évaluation des thérapeutiques car nous avons besoin de cette réflexion socio-économique ». La Sénatrice a également fait le parallèle entre la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique qui reconnaît à toute personne le droit de recevoir des soins pour soulager sa douleur et les recommandations sur le parcours de soins d’un patient douloureux chronique de la Haute autorité de santé en novembre 2019.

Selon la HAS, 12 millions de personnes souffrent de douleurs chroniques, 70 % ne reçoivent pas de traitement approprié et moins de 3% des patients bénéficient d’une prise en charge dans une structure douleur chronique (SDC). Catherine Deroche a également appelé à favoriser la recherche et à revoir la cotation des nouvelles solutions de neurostimulation. Tandis que le Dr Marc Lévêque, neurochirurgien à Marseille, proposait d'autres pistes, comme la création d’un Diplôme d’études spécialisées (DES) en algologie pour inciter les jeunes à s’intéresser à la douleur et à ses traitements. « Les techniques de neuro-modulation ont une action focale qui préserve la cognition et les émotions de l’individu. Il est inacceptable que seuls 3% des patients douloureux chroniques aient accès à des centres spécialisés », a t-il notamment déclaré.

Et demain ?

Le Pr Denys Fontaine, neurochirurgien au CHU Nice a quant à lui évoqué une piste nouvelle, celle de la stimulation cérébrale profonde. Une étude pilote actuellement menée à Nice et à Marseille porte sur l’implantation d’électrodes dans des régions du cerveau qui "gèrent" les souffrances, conséquences de la douleur. « La région ciblée est celle du cingulum. Les résultats seront connus en 2022 mais cette méthode apparaît déjà comme très prometteuse », a-t-il conclu.


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