Stratégie de transformation du système de santé : les territoires oubliés ?

Charlotte Marchandise, présidente du Réseau français des Villes-Santé de l'OMS

Pas un mot sur les collectivités locales, pas un mot sur les associations de patients… Tels sont en substance les principaux reproches adressés par plusieurs élus en charge des questions de santé et représentant pour certains des associations fortement impliquées dans la promotion de la santé. Quant aux autres annonces, elles sont également loin de faire l’unanimité….

« Déçu » ! Telle est la première réaction de Laurent El Ghozi, élu de Nanterre, président de l'association « Élus, Santé Publique & Territoires » à l’annonce d’« un plan de réorganisation des professionnels du soin, bien loin du Plan santé attendu. Pas un mot sur les déterminants de santé, sur les inégalités, sur l’action des collectivités locales, ni même sur la démocratie en santé qui constitue pourtant un levier majeur d’évolution. Pourtant le virage ambulatoire que le Président appelle de ses vœux ne se fera pas sans les élus qui ont par exemple en charge le portage des repas ». Quant aux annonces relatives aux communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), aux Groupements hospitaliers de territoire (GHT) ou encore aux assistants médicaux, Laurent El Ghozi rappelle qu’il ne s’agit pas là de mesures nouvelles… Même la fin du numerus clausus pose question: « La sélection à l’université via Parcoursup nous rend interrogatifs », poursuit-il. Tout comme le relèvement de l’Objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) « qui n’est clairement pas à la hauteur des mesures annoncées par le Président lui-même ».
Même écho chez Charlotte Marchandise, adjointe déléguée à la Santé auprès de la maire de Rennes et présidente du Réseau français des Villes-Santé de l'OMS : « Je suis déçue que le mot collectivité territoriale ou démocratie en santé n’apparaisse pas une seule fois ! Les élus ont beaucoup agi en lien avec les professionnels du soin pour mettre en place des solutions innovantes et pertinentes pour les citoyens. Ce manque de reconnaissance est incompréhensible. Nous restons toutefois disponibles pour que la mise en œuvre de la réforme prenne en considération ces éléments ».
Les deux élus (lire également l’encadré) attirent également l’attention sur le risque de lancer une révolution numérique sans réfléchir à l’accompagnement des plus fragiles : « Attention au risque majeur de créer des inégalités sociales ! », soulignent-ils.

Du côté des départements et des régions….

Stéphane Troussel, président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis, quant à lui ne décolère pas : « Emmanuel Macron poursuit sa politique, à donner d'un côté ce qu'il a retiré de l'autre : il promet aujourd'hui 400 millions d'euros pour soulager les hôpitaux, et en même temps, a demandé 1,6 milliards d'euros d'économie aux mêmes hôpitaux dans son budget santé pour 2018 ! Le président de la République ose même expliquer que le problème de l'hôpital n'est pas celui des effectifs, mais de l'organisation. Quand on sait la souffrance des personnels hospitaliers et leur manque de moyens, il est honteux de vouloir leur expliquer qu'une énième réorganisation serait le remède à tous les maux… ».
Du côté des collectivités, François Bonneau, Président de la Région Centre-Val de Loire, affiche en revanche son optimisme, se félicitant par exemple de l’annonce de la suppression du numerus clausus : « Je souhaite que la réforme des études de médecine diversifie les profils des étudiants et permette un ancrage plus fort dans les territoires. Les annonces du Président concernant la création de 400 médecins salariés dans les « déserts médicaux » et de 4 000 postes d’assistants médicaux constituent une première avancée. Je demanderai que notre région fasse l’objet d’une dotation prioritaire au regard de l’extrême menace de désert médical sur nombre des territoires urbains et ruraux en Centre-Val-de-Loire », a-t-il notamment déclaré. Le Président de la Région demande également que l’Etat poursuive, aux côtés de la Région « fortement engagée », sa contribution à la création de maisons de santé pluridisciplinaires pour atteindre rapidement le nombre de 125 sur toute notre région.

Sept associations publient un communiqué commun
Les présidentes et présidents des associations Fabrique Territoires Santé, Fédération Nationale d’Education à la Santé, Institut Renaudot, Élus, Santé Publique et Territoires, Réseau Français des Villes-Santé de l’OMS, Société Française de Santé Environnement, Société Française de Santé Publique réunis à Nancy pour les Rencontres Territoriales de la Santé, ont publié un communiqué commun sur « Ma santé 2002 ». Le lire ici.

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