"Prêts, dans un partenariat intrarégional, à affronter la 2e vague!", Jean-Claude Téoli, directeur général du CH de Mâcon

Jean-Claude Téoli, directeur général du centre hospitalier de Mâcon

Jean-Claude Teoli a pris officiellement ses fonctions de directeur général du centre hospitalier de Mâcon, établissement support du GHT Bourgogne Méridionale, depuis le 6 juillet. Soit au lendemain des temps forts de la première phase de la crise sanitaire liée à la COVID-19. Riche de trente années d’expérience en direction hospitalière, et plus récemment à la tête de l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, il livre son regard sur la situation et les enjeux qui se dessinent pour le CH de Mâcon et à l’échelle du GHT.

Quel point de la situation faites-vous aujourd'hui du CH de Mâcon?

Le CH de mâcon a été très fortement impacté par l’épisode de crise COVID et les équipes en place y ont fait face avec courage. Toutes les urgences médicales et chirurgicales durant cette période ont été correctement gérées.
Pendant plus de deux mois, toutes les forces vives de l’hôpital s’étaient naturellement mobilisées autour des urgences et des patients COVID. Depuis début juin, l’établissement a repris son activité habituelle mais celle-ci reste encore très élevée du fait des nombreux soins déprogrammés à replanifier, la réduction mécanique des équipes durant les congés d’été, et le maintien des mesures barrières. Ce qui induit encore un long délai d’attente pour l’obtention d’un rendez-vous dans certaines disciplines comme par exemple l’orthopédie. Des cas de COVID réapparaissent et nous devons anticiper un possible rebond.

Quelle organisation a été mise en place pour faire face à la crise sanitaire du COVID-19?

Nous avons été amenés, comme de nombreux hôpitaux, à augmenter nos capacités de prise en charge des patients COVID en faisant de la réanimation dans des unités qui n’y étaient pas dédiées : chirurgie ambulatoire, soins intensifs de cardiologie, etc. Outre le renforcement des unités de réanimation et d’hospitalisation, une organisation spécifique a été mise en place pour faire face au premier épisode de crise, avec des réunions hebdomadaires avec l’ARS et les autres établissements de la Région Bourgogne Franche-Comté et un point quotidien de la cellule de crise locale propre au CHM, organisation qui se poursuit.

Quel impact cette crise a-t-elle eu sur l’ensemble des personnels?

Les équipes soignantes et opérationnelles ont subi comme on le sait une pression psychologique très forte et cela a été pour certains un véritable traumatisme. Ce qui reste difficile, alors que les hôpitaux ont repris un mode de fonctionnement plus habituel, c’est qu’une pression permanente persiste sur les soignants, du fait de l’omniprésence de la COVID dans les médias et de sa prépondérance dans la réalité des soins. En effet, il faut continuer à gérer les nouveaux cas, poursuivre l’application des mesures barrière, même si ce n’est plus dans des conditions aussi dramatiques…
Cette crise a aussi été à l’origine d’un élan de solidarité et de cohésion jamais vu ! Equipes, soignantes et médicales, administratives, techniques, personnel hospitalier ou libéraux : tous se sont soudés pour la prise en charge d’une seule pathologie avec le soutien total de l’ensemble des structures sanitaires, y compris privées. Il est difficile aujourd’hui, avec le retour à la normale, de maintenir une telle cohésion, car chacun a retrouvé ses priorités. Mais cette expérience unique a eu un impact sur les esprits et elle laissera des traces.

Les établissements du GHT Bourgogne Méridionale sont-ils prêts à affronter une 2e vague épidémique?

Je suis impressionné en tant que directeur d’hôpital par la batterie de mesures mises en place en quelques semaines par les instances hospitalières et les structures sanitaires pour gérer cette crise et rester en veille. Les leçons de la première vague épidémique ont été tirées. Nous disposons de beaucoup d’informations et de nombreuses recommandations nous ont été adressées. Mais cela sera-t-il suffisant? De grandes interrogations demeurent concernant ce virus, son mode de propagation et son évolution. Pour exemple, la moyenne d’âge des personnes atteintes a baissé de 30 ans entre le mois de mars et aujourd’hui. Le type et le niveau de complications ont aussi évolué et de fait les protocoles de prise en charge des patients.

Dans tous les cas, en dépit de toute la préparation possible, si la situation dégénère, notre établissement ne pourra pas faire face seul pour assurer en même temps la prise en charge des patients COVID, les urgences générales et les activités programmées. C’est pourquoi nous avons mis en place au sein du GHT et avec les autres établissements hospitaliers de Bourgogne-Franche-Comté « un partenariat intrarégional » afin de mutualiser des moyens et faciliter les transferts de patients en cas de 2e vague. Cette organisation est orchestrée par l’ARS avec pour chaque établissement l’observation d’un certain nombre d’indicateurs (nombre de patients COVID, nombre d’urgences COVID, nombre de patients en réanimation COVID) susceptibles de tirer la sonnette d’alarme.

De quelles capacités dispose actuellement le CH de Mâcon pour la prise en charge de patients COVID et avec quelle marge de manœuvre?

Plusieurs seuils ont été définis en fonction de l’importance de l’épidémie. Au quotidien, 7 lits sont dédiés à la prise en charge des patients COVID+. Ces capacités peuvent être progressivement augmentées par paliers successifs de 7 patients pour atteindre un potentiel théorique de 42 lits dédiés à la prise en charge des patients COVID.
Dans cette dernière hypothèse, seules seront assurées au sein de l’établissement les urgences médicales et chirurgicales.
Ce schéma de montée en charge a été établi en partant du postulat que nous n’aurions pas de renfort extérieur et il suppose en tout état de cause une déprogrammation progressive des activités.

Au-delà de la COVID, quels sont  les priorités et les principaux chantiers en cours au CH de Mâcon?

Le projet d’établissement venait d’être approuvé par le Conseil de surveillance en février 2020 quand est survenue la crise COVID, retardant d’autant sa mise en œuvre. Il est maintenant de nouveau dans les starting-blocks et il sera sans aucun doute le chantier majeur de ces prochains mois. Il s’inscrit dans le cadre des projets de rénovation et de réorganisation du programme COPERMO, initié en 2015 avec le soutien financier de l’Etat, et tous les services sont concernés.
Pour le reste, l’un des principaux enjeux demeure de renforcer l’attractivité médicale du CH de Mâcon dans un environnement très concurrentiel, avec notamment les grands hôpitaux généraux voisins du Centre Hospitalier de Macon et les CHU de Dijon et de Lyon.
Nous rendre plus attractifs pour les équipes médicales et soignantes, cela signifie conforter nos activités, au-delà de la rénovation architecturale en cours, et nous faire connaître : communiquer pour expliquer nos projets et montrer que nous disposons d’une offre de soins complète au sein de l’établissement.

Qu’en est-il à l’échelle du GHT? Comment s’inscrit-il au plus près de la politique de santé du territoire?

Une particularité du GHT de Bourgogne méridionale tient à sa forme géographique. Il s’étend sur quelque 110 km de long. Soit une heure de route qui sépare ses deux sites principaux : à savoir l’hôpital de Mâcon et celui de Paray-Le-Monial. Cet état de fait rend un peu plus long la mise en place des éléments fondateurs du GHT. Mais les choses avancent. L’instauration d’une nouvelle organisation dématérialisée et mutualisée des achats fonctionne très bien au sein du GHT. Le déploiement du projet médical de territoire prendra sans doute plus de temps mais les nouveaux outils de communication et la télémédecine devraient aider à casser la distance. Mais surtout, les bonnes relations historiques et la collaboration solidaire entre les médecins de ville et les hospitaliers devraient faciliter nos avancées !

Bio-express de Jean-Claude Téoli
De formation juridique, Jean-Claude TEOLI est directeur d’hôpital depuis janvier 1991 avec une grande partie de sa carrière accomplie au sein des Hospices Civils de Lyon avec des postes occupés aussi bien en Direction Générale qu’en établissement.
Jean-Claude TEOLI a également occupé les fonctions de DRH au Centre Hospitalier de Vienne (Isère) et à la Clinique Mutualiste Eugène André (établissement PSPH) de Lyon.
Il occupait la fonction de Directeur du Groupement Hospitalier Nord des Hospices Civils de Lyon avant sa nomination en qualité de Directeur du GHT de Bourgogne Méridionale.

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