Jérémie Sécher : « Les Groupements hospitaliers de territoire ne sont pas une fin en soi »

Jérémie Sécher

Président du syndicat des managers publics de santé (SMPS) et chef d’établissement du Centre hospitalier d’Antibes-Juan les Pins et du Centre de long séjour de Vallauris, Jérémie Sécher appelle les pouvoirs publics à réaliser une évaluation des Groupements hospitaliers de territoire et à prendre des mesures d’accompagnement des professionnels.

Quel regard portez-vous sur les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) ?
Les GHT ont permis de rendre obligatoires les logiques de coopération entre établissements publics de santé (EPS) en y associant les établissements médico-sociaux, ce qui est un progrès. La deuxième dimension positive est le fait d’avoir mis au cœur de la logique de déploiement des GHT des projets médicaux et de soins partagés à l’échelle des territoires.

Vous exprimez des attentes fortes vis-à-vis des pouvoirs publics. Quelles sont-elles ?
Elles sont de deux ordres. Nous demandons d’abord une simplification du système. Si les GHT relèvent d’une logique positive et nécessaire, leurs différents périmètres ne permettent pas de répondre de la même manière aux objectifs fixés, que ce soient en termes de densité des filières de prise en charge ou en termes d’impact de massification des pratiques d’achat sur l’organisation des plateaux techniques. Nous attendons donc des pouvoirs publics une évaluation, en 2018, des périmètres des GHT et de leur adéquation aux objectifs de gradation des soins et de prise en charge à l’échelle d’un territoire. Ces groupements ne peuvent pas être une fin en soi. Leur logique doit-elle être davantage intégrée, avec une accélération de transferts de compétences entre établissements ou davantage coopérative avec une collaboration plus affirmée avec les secteur médico-social, social et privé ? Pour nous, l’enjeu est de distinguer de manière nette et de façon prospective ce qui concerne l’organisation des prises en charge en proximité et ce qui relève de la gradation des soins avec les enjeux majeurs en termes de recours et de référence que cela implique. Aujourd’hui, les missions hospitalo-universitaires ne peuvent plus être simplement analysées au niveau des structures mais bel et bien au niveau des territoires avec un fonctionnement en réseau. Un terrain d’application concret de cette vision est la capacité à organiser une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC), notamment médicale, à l’échelle des territoires. Notre deuxième attente tient à un accompagnement clair, pro-actif et structuré de la part des pouvoirs publics à destination des professionnels qui garantissent la mise en œuvre des changements induits par les GHT.

Le Plan national d’accompagnement mis en place par la Direction générale de l’offre de soins (DGOS) vous parait-il insuffisant ?
Nous attendons au-delà des principes exprimés dans ce plan des mesures concrètes permettant de rassurer les professionnels car s’ils sont favorables à la quasi-unanimité au principe des GHT, ils sont aussi 90% selon les chiffres de notre dernier sondage ifop , à estimer que le cadre juridique et les mesures d’accompagnement de leur carrière ne sont ni adaptés, ni sécurisés. Ce raisonnement vaut aussi pour les communautés médicales. Il y a donc un véritable enjeu à clarifier les dispositifs d’accompagnement pour les directeurs, les cadres de santé et les praticiens hospitaliers. Le ministère de la Santé doit reconnaitre à la fois de nouveaux métiers et de nouvelles responsabilités : une direction d’établissement ou une direction commune de quatre établissements n’implique pas les mêmes contraintes. L’accompagnement doit aussi concerner la formation et les trajectoires professionnelles. Les GHT interrogent aujourd’hui le positionnement professionnel d’un grand nombre de directeurs, d’ingénieurs, d’attachés et de cadres. Raison pour laquelle nous demandons un cadre statutaire adapté avec une prime d’exercice territorial. Le gouvernement ne peut pas engager une réforme d’une telle ampleur sans accompagner les Directeurs et l’encadrement en responsabilité de sa mise en œuvre. Les professionnels en charge du pilotage de la réforme des grandes régions ont bénéficié d’un plan d’accompagnement sur le versant trajectoires professionnelles et sur le plan statutaire. Les Directeurs et les cadres hospitaliers ne demandent pas plus. Mais pas moins.

Des évolutions législatives ou réglementaires vous semblent-elles souhaitables ?
Les réformes s’enchaînent à un rythme effréné depuis 20 ans. Nous ne sommes pas demandeurs d’un nouveau Grand Soir législatif ou réglementaire. Il y a certes des ajustements à effectuer à la marge, sur les fonctions support, notamment la fonction achats mais le plus important est d’évaluer le périmètre des GHT, de consolider les coopérations en proximité en renforçant les liens entre l’hôpital, les secteurs social, médico-social et privé, de réaffirmer les enjeux de gradation des soins, de recours, d’enseignement et de recherche en réseau autour des CHU et de travailler sur une GPEC à l’échelle des territoires. Restons dans une dynamique positive. Rien ne serait pire que l’inertie ou des blocages technico-juridiques.

Les GHT doivent-ils rapidement s’ouvrir au secteur privé ?
La question ne se pose pas en ces termes. Le secteur public travaille aujourd’hui avec des établissements privés tout comme il travaille avec des établissements médico-sociaux ou sociaux. La complexité liée à la mise en œuvre des GHT ne doit pas nous amener à délaisser nos partenaires. Le service public est alors plus efficace en s'organisant en stratégie de groupe.

Quel peut être l’avenir de tarification à l’activité (T2A) dans cette nouvelle organisation territoriale ?
La T2A est utile mais elle doit être ajustée pour intégrer la réalité des coopérations et des parcours à l’échelle des territoires. Nous sommes favorables à la démarche d’expérimentation rendue possible par l’article 51 de la Loi de financement de la sécurité sociale pour 2018. Les acteurs doivent s’en saisir et les pouvoirs publics, notamment les Agences régionales de santé, doivent garantir le maximum de souplesse à ce dispositif de manière à ce qu’il puisse être approprié et mis en œuvre par les acteurs de terrain.

 

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