La formation médicale répond-elle aux enjeux de société ?

La compétence médicale résulte d’une association de savoirs : le savoir-faire et le savoir être @pixabay

Quelles connaissances les futurs médecins doivent-ils acquérir au regard des évolutions scientifiques, médicales et techniques ? Qu’est-ce que le numerus apertus ? Comment acquérir les savoir-faire, les compétences spécialisées et générales ? L'UC2m – Université du change management - a organisé une émission sur le sujet le 14 avril avec Patrice Diot, Président de la Conférence des Doyens de Médecine, Myriam Edjilali-Goujon, neuro-radiologiste à l’AP-HP, David Autissier, Directeur des chaires ESSEC du changement et de l’innovation managériale et Dominique Maigne, Président de l’Agence nationale d’appui à la performance et co-président de l’UC2M.

En introduction des échanges, Patrice Diot, Président de la Conférence des Doyens de Médecine, a présenté la réforme des études de médecine : « la réforme du premier cycle vise à diversifier les profils des médecins et à mettre un terme à la Première année commune des études de santé (PACES) car après deux ans, de trop nombreux étudiants bacheliers de bon niveau, qui avaient échoué, repartaient à zéro. La réforme du deuxième cycle supprime l’ECNi remplacé par un matching basé sur les connaissances, les compétences et le parcours de chaque étudiant. Enfin, la réforme du troisième cycle vise à mieux répartir les internes dans les territoires et à corriger les difficultés d’accès aux soins. »
Retenons également que le numerus apertus succède au numerus clausus. « Le numerus apertus est un système permettant de concilier les capacités de formation et les besoins dans les territoires en partant de l’hypothèse selon laquelle le médecin s’installera dans le territoire où il a étudié. La ministre Frédérique Vidal a annoncé une augmentation du nombre d’étudiants en médecine de 20% mais nous serons sans doute au-delà par rapport au dernier numerus clausus ». Evoquant l'ancienne formule, le Président de la Conférence des Doyens de Médecine a pointé une gestion de la démographie « souvent en décalage. Dans les années 1980, on encourageait le départ anticipé à la retraite des médecins parce qu’il y en avait trop. Aujourd’hui nous manquons un peu de médecins et nous faisons surtout face à un problème de répartition sur le territoire ».

Se remettre en question

S’agissant des enjeux, Patrice Diot a souligné que la compétence résultait d’une association de savoirs : savoir-faire et savoir être : « nous ne voulons pas produire uniquement des médecins sachants mais des médecins interrogeant et se remettant en question. Il n’existe pas de modèle de formation idéal. La réforme s’inspire du modèle nord-américain avec des systèmes d’évaluation qui ne soient plus des QCM mais des modalités permettant de prendre en compte l’incertitude ».
Etablissant un parallèle avec d’autres formes d’enseignement, David Autissier, Directeur des chaires ESSEC du changement et de l’innovation managériale, a rappelé qu’il y a vingt ans, « les grandes business school ouvraient des classes à l’étranger, tandis que les programmes Erasmus se multipliaient. L’ouverture internationale a notamment permis une meilleure maîtrise des langues étrangères. Aujourd’hui, les étudiants nous demandent davantage de responsabilité sociétale. Ils souhaitent étudier dans des institutions à impact positif sur la société. Ce qui nous amène à intégrer des contenus sur l’économie solidaire, les entreprises à missions, l’entrepreneuriat social. Un autre élément clé tient à la gestion d’un monde de plus en plus complexe. Dans nos formations, la dimension collaborative, les formations à l’innovation et à l’animation font partie des compétences à maîtriser. »
« Nous ne sommes pas allés assez loin dans l’encouragement à vivre des expériences internationales alors que la fin de la troisième année – avant les stages – s’y prête particulièrement bien, a réagi Patrice Diot. Mais les prochaines réformes permettront davantage aux étudiants de découvrir le monde qui les entoure ».
Directeur d’hôpital, Président de l’Agence nationale d’appui à la performance et co-président de UC2M, Dominique Maigne a souligné la « difficulté à positionner le curseur entre ouvrir les formations médicales sur la connaissance d’une société complexe, ce qui suppose de l’interdisciplinarité, et l’apprentissage d’un savoir et de pratiques qui donne un permis d’exercer. »
« Nos études sont émaillées d’une connaissance importante et le côté curieux nous est enseigné dans les stages. Nous sommes très entourés et le tutorat nous permet aussi d’apprendre. Il conviendrait en revanche d’être davantage attentifs aux softs kills », a pour sa part plaidé Myriam Edjilali-Goujon, neuro-radiologiste à l'AP-HP.

Violences, harcèlements, suicides

La question des violences, harcèlements et suicides, particulièrement prégnante chez les futurs et jeunes médecins a également été abordée. Patrice Diot a évoqué la conférence de concertation qui a réuni plus de 150 personnes représentatives de l’ensemble des partenaires concernés. « Nous avons construit un protocole d’accord aujourd’hui soumis aux organisations étudiantes et qui sera adressé aux ministères de tutelle car il y aura des moyens à mobiliser. » Dominique Maigne a salué « un progrès considérable même si le début de retour d’expérience dans le cadre du dispositif Couty montre qu’il reste beaucoup à faire », tandis que Myriam Edjilali-Goujon rappelait l’importance d’avoir une tolérance zéro concernant les pressions qui pèsent sur les praticiens. « Ces suicides sont d’une violence inouie. Il est vrai qu'on nous demande de faire toujours plus, d' être toujours plus "rentables". Or faut prendre absolument prendre soin des soignants et des étudiants ».

La réforme présentée par le Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation
« La volonté de diversifier les voies d'accès aux filières de santé en mettant fin à la PACES et au numerus clausus, tous deux représentatifs d'un système d'admission basé sur une sélection drastique écartant de nombreux candidats pourtant prometteurs, répond aux attentes des étudiants, des personnes soignées et de la société dans son ensemble. La transformation des études de santé vise à mieux former, mieux orienter et mieux insérer les futurs professionnels de la santé. Jusqu'ici l'admission dans les études de santé (maïeutique, médecine, odontologie, pharmacie) se faisait presque exclusivement via la PACES. La réforme prévoit que toutes les universités mettront en place de nouvelles modalités d'accès aux études de santé après une, deux ou trois années d'études supérieures de santé. Chaque étudiant pourra présenter sa candidature aux études de santé deux fois. Les lycéens pourront ainsi choisir entre plusieurs parcours, intégrés dans les mentions de licence (une licence avec une option "accès santé" (L.AS) ou un parcours spécifique "accès santé", avec une option d'une autre discipline (PASS). La démographie des professions médicales sera anticipée par une analyse nationale à une échelle pluriannuelle des besoins de santé des territoires et des évolutions des métiers. »

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