A l'écoute des nouvelles attentes des étudiants en santé

A l'écoute des nouvelles attentes des étudiants en santé

de gauche à droite : M. Caillaut ; C. Huet ; L. Corti et M. Morin

Depuis plus d'un an, la Covid-19 exerce une pression sur le personnel médical y compris sur les internes. Les directeurs d'établissements craignent que cela génère une désertion du cursus. Un sujet au coeur des débats de SantExpo Live, le 10 mars dernier. Organisée par la Fédération hospitalière de France (FHF), la conférence, « Les nouvelles attentes des étudiants en Santé » a ainsi réuni directeurs de structures et présidents de syndicats d'internes autour de la question.

« On sent que les personnels sont anxieux sur l'avenir de l'hôpital public » averti Léonard Corti, vice-président, chargé de la porte-parolat, de l’Intersyndicale nationale des Internes (INSI). L'étudiant a précisé que cette pression existe depuis plusieurs années, la Covid-19 n'a fait qu'amplifier les tensions. Un avis rejoint par Maxime Morin, directeur du centre hospitalier (CH) de Roubaix, « on a le sentiment qu'il faut attirer les étudiants, leur proposer de nous rejoindre. Aujourd'hui, les étudiants et les internes ont des attentes et ils les revendiquent par leur organisme mais aussi sur le terrain ».

Respect du temps de travail

La vocation médicale a connu une poussée démographique ces 20 dernières années expliquent Léonard Corti, « pourtant les internes travaillent toujours autant alors qu'ils sont 3 fois plus nombreux, c'est une conséquence de l'explosion de la demande hospitalière », précise-t-il. La conséquence est que les étudiants prennent du temps sur leur vie personnelle ou sur leurs heures de formation.

Pour Morgan Caillaut, président de l'Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG), « c'est la conséquence de deux systèmes qui semblent s'opposer : celui des demi-journées et celui des 48h ». D'autant que le système de demi-journées pose de nombreuses questions logistiques. « Personne ne sait exactement combien dure une demi-journée. Dans la loi, une garde de 24h est considérée comme 4 demi-journées », explicite le vice-président de l'INSI.

En fonction des structures, les internes sont en service durant 6 ou 48 heures. Ce qui crée de problèmes d'emploi du temps, conduit des internes à effectuer des doubles gardes. Pour cause, dans certains établissements « les internes représentent 25% du personnel médical, ce chiffre monte à 40% dans les centres hospitaliers universitaires (CHU) », développe Léonard Corti. Ce dernier souhaite que ces systèmes soient remplacés par un bornage horaire.

Une plus grande représentation

Une part des internes estiment qu'ils ne sont pas assez écoutés du fait de leur statut. L'INSI revendique le statut de praticien pour ces étudiants. Cette revendication fait écho au problème de représentation dans les instances des hôpitaux. « Les internes souhaitent avoir voix au chapitre, notamment dans les commissions médicales d'établissements (CME) », affirme Maxime Morin.

Morgan Caillaut précise qu’aujourd’hui les CME sont obligés d'intégrer un interne de chaque spécialité, ainsi qu'un de médecine générale. « Les accords du Ségur nous ont permis d'accéder à d'autres instances comme les directions d'établissements », développe le président de l'ISNAR-IMG. Les deux leaders syndicaux estiment que les internes doivent être considérés comme des professionnels, tout en prenant en compte leur formation.

« Dans les mêmes groupements hospitaliers de territoires (GHT) parisiens, on a des établissements qui appliquent des politiques d'accueil des internes complètement différentes », poursuit Léonard Corti. Il y a donc un manque d'homogénéisation et d'uniformisation dans l'accueil et la gestion des internes en médecine.

L'exercice mixte

Une autre revendication des internes concerne la division nette entre la médecine pratiquée en ville et la médecine hospitalière. Beaucoup d'internes, mais également de médecins, « veulent un décloisonnement entre la ville et l’hôpital, afin d'instaurer une forme de complémentarité entre les différentes structures », rapporte le président de l'INSI.

Les internes souhaitent donc une augmentation de l'exercice mixte permettant de travailler à la fois en cabinet et dans un hôpital. Pour Maxime Morin, cet exercice va probablement se généraliser dans les années à venir, « les étudiants veulent plus de mobilité, des carrières moins rectilignes, une installation dans un établissement sans aucune modification, aucun changement », explique le directeur d'hôpital.

Étendre cet exercice apporterait également son lot de problèmes logistiques. Pour Cyprien Huet, directeur adjoint aux affaires médicales et hospitalo-universitaires au CHRU de Lille, « l'exercice mixte desservirait les recherches à long terme, les allers-retours viendraient perturber l'équilibre de ces équipes médicales ».

Malgré cela, il reconnaît qu'une utilisation plus régulière de l'exercice mixte pourrait relever l'attractivité du cursus médical. L'objectif reste d'attirer les étudiants, mais surtout de les garder et de les accompagner le plus sereinement possible. Comme l'affirme Léonard Corti, « plus c'est difficile pour un interne de travailler à l'hôpital, moins il aura envie d'y retourner par la suite ».

Pour en savoir plus : Les nouvelles attentes des étudiants en Santé

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