Transformation de l'offre de soins : « Accepter l'incertain pousse à apprendre vite de l'environnement et à s'y adapter »

Transformation de l'offre de soins : « Accepter l'incertain pousse à apprendre vite de l'environnement et à s'y adapter »

Sandra Bertezène @Cnam

Sandra Bertezène, professeur du CNA,  titulaire de la Chaire de Gestion des Services de Santé, directrice de l'EPN Santé-Solidarité, a signé la postface de l'ouvrage "Innovations & management des structures de santé en France "Accompagner la transformation de l'offre de soins sur le territoire"*. Elle répond aux questions de la rédaction. 

Pourquoi faut-il transformer l’organisation de l’offre de soins ?

En fait, elle se transforme depuis des années, au grès des différentes réformes portées par notre pays. L’hôpital des années 1950 n’est en rien semblable à celui du XXIème siècle. Mais aujourd’hui, la crise sanitaire met en lumière les limites de certains plans tracés pour les services et les établissements sanitaires et médico-sociaux. Elle montre aussi la nécessité d’accélérer la mise en œuvre de nouveaux projets. Certes, cette situation inédite a débouché sur le Ségur de la Santé qui a l’ambition de valoriser les carrières, d’investir pour la qualité des soins, de simplifier les organisations et le quotidien des équipes, ou encore de fédérer les acteurs de la santé au service des usagers. Mais le diagnostic de la crise doit se poursuivre pour garantir la mise en œuvre de changements profonds permettant d’assurer le développement et l’adaptation de l’offre de soins dans la durée, toujours selon le principe de solidarité qui en fait la colonne vertébrale : « La Nation garantit à tous, notamment à l'enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé […] » (Alinéa 11 du Préambule de la Constitution de 1946). 

Quelle place donner ou redonner aux territoires ?

Les Agences régionales de santé (ARS) assurent, au sein des territoires, la mise en œuvre de la stratégie nationale de santé. Cette déconcentration est certes indispensable, mais elle ne peut pas remplacer la décentralisation des décisions permettant d’organiser l’action collective au sein des régions, en fonction de leurs particularités respectives. La pandémie a exacerbé ce manque et a mis en lumière les difficultés des ARS à coordonner les acteurs : établissements, secteur ambulatoire, collectivités, etc. Cette subsidiarité semble plus que jamais indispensable pour assurer à la fois la mise en œuvre des décisions de l’État et la réponse aux besoins de santé des différents bassins de populations. Le projet de loi 3DS (différenciation, décentralisation, déconcentration, simplification), adopté par le Sénat le 21 juillet dernier, semble s’inscrire dans cette perspective, notamment avec le rapprochement de l’ARS, du préfet et du président de région afin de mieux répondre aux problématiques propres à chaque territoire telles que la lutte contre les déserts médicaux, l’amélioration de l’accès aux soins, etc. Il nous faut désormais attendre décembre pour que le projet de loi revienne à l'Assemblée nationale, nous verrons alors quelle envergure donne l’État à l’articulation entre centralisation et subsidiarité.

Les GHT doivent-ils selon vous évoluer et de quelle manière ?

Les GHT sont centrés sur le secteur sanitaire public d’une part, et les soins primaires ne rentrent pas dans leur champ d’actions d’autre part. Indépendamment de l’effet levier que peut jouer actuellement la crise sanitaire, les GHT ont engagé peu de partenariats avec le secteur hospitalier privé (32% des 121 GHT selon une enquête de l’IGAS ) ou avec les Ehpad (8,5% seulement selon la Cour des comptes ). Ce cloisonnement dénoncé depuis longtemps est davantage remis en question par la pandémie. Cette dernière pousse à penser le GHT plutôt comme une organisation pivot, garante de l’intégration globale de l’offre de services de santé, mais également de la coopération des acteurs sur le territoire. Cette approche fait glisser le GHT vers un ambitieux groupement de services de santé, chargé de mettre en œuvre la politique territoriale de santé. L’intégration des soins primaires à la prévention quaternaire, des services sociaux, médico-sociaux et sanitaires, marquerait la volonté de mettre la personne au centre de tous les processus d’accompagnement et de prise en soins.

L’innovation est-elle encore possible dans notre pays compte tenu des contraintes législatives, réglementaires et… de temps ?

La première vague du nouveau coronavirus a été le théâtre de multiples innovations médicales, technologiques, organisationnelles grâce une marge d’autonomie laissée aux équipes de terrain, indispensable pour faire face à l’imprévisible et à l’incertitude. Après cette première période, le souhait d’un retour au statu quo s’est davantage imposé. Nous avons tendance à croire que les phénomènes peuvent être « sous contrôle » grâce à des règles, des solutions figurant dans des procédures et sélectionnées par une hiérarchie. La pandémie a pourtant montré qu’accepter l’incertain et les perturbations pousse à apprendre vite de l’environnement et à s’y adapter de manière agile, en combinant les allers-retours entre réflexions et actions de manière complexe, non-linéaire : là réside la véritable innovation et elle est épistémologique.

*paru en octobre 2021 (LEH Edition) sous la direction de Jean-Luc Stanislas

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