Repenser l'hôpital : « Il faut des idées nouvelles pour répondre aux urgences d'aujourd'hui et de demain»

Repenser l'hôpital : « Il faut des idées nouvelles pour répondre aux urgences d'aujourd'hui et de demain»

Lors de SantExpo, la conférence « L’hôpital de demain, après la crise »

Organisée par la Fédération hospitalière de France (FHF) lors de SantExpo, la conférence « L’hôpital de demain, après la crise » a réuni un panel de hauts responsables hospitaliers et d'acteurs privés du secteur sanitaire pour débattre des leçons à tirer de la crise et redessiner un modèle hospitalier porteur d'avenir.

« C'est mon établissement qui a reçu le premier malade atteint du Covid-19, sur le territoire français. Je m'en souviens très bien, c'était le 24 janvier 2020. Bien évidemment, la crise a suscité un ralentissement de notre activité. Entre le confinement et les déprogrammations, il fallait également se concentrer sur ce nouveau virus ». La crise du Covid-19 a sans conteste induit une pression énorme sur le système de soins, comme en témoigne Yann Bubien, directeur général du CHU de Bordeaux. Et en les circonstances, «l'hôpital public a montré a quel point il pouvait être réactif et adaptable face à une crise sanitaire que personne n'avait vu venir», souligne-t-il, saluant au passage les femmes et hommes qui y ont fait face.

« Penser l'avenir à l'aune de ce que nous venons de vivre »

Quant à l'après crise : « Ces deux dernières années ont changé la donne, il faut des idées nouvelles pour répondre aux urgences d'aujourd'hui, de demain, d'après-demain et penser l'avenir à l'aune de ce que nous venons de vivre», estime celui qui a siégé au cabinet de plusieurs ministres de la Santé. Pour Yann Bubien, la transformation amorcée doit se poursuivre sur 4 grands axes : une organisation territoriale à revoir, avec un décloisonnement entre la ville et l'hôpital, le développement de l'innovation tant sur le plan scientifique que du soin, les ressources humaines et l'attractivité des carrières et enfin la réalisation du pacte écologique des établissements de santé. Mais pour entériner ces changements, il va falloir, estime-t-il, «repenser l'hôpital en tenant compte de l'avénement d'une nouvelle société, dans le cadre d'un new deal». Une feuille de route inscrite dans les temps nouveaux que portent les responsables hospitaliers.

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Yann Bubien, directeur général du CHU de Bordeaux

Un cadre d'exercice trop clivant

Le challenge se joue notamment sur le plan de la pratique médicale et du soin. « Avec cette crise, on a touché du doigt quelque chose de particulier: la rigidité de notre cadre d'exercice », observe le Dr Jean-Marie Woehl, président de la Commission médicale d'établissement (CME) des Hôpitaux Civils de Colmar. Pour exemple, il rapporte que des anesthésistes, issus du privé, ont dû suivre une formation au sein de son établissement alsacien. Leur spécialité les ayant enfermés dans une certaine pratique, ils ont dû réapprendre les gestes simples de réanimation. De fait, pour le médecin alsacien, «la pandémie a mis en évidence une crispation du métier sur une formation exclusive».

Pour les participants au débat, il apparaît essentiel de briser ce carcan et de revenir à une pratique collégiale, notamment au niveau local. « Il est inimaginable d'envisager l'avenir seul. Il faut que tous les acteurs de santé, d'un même territoire, se retrouvent autour d'une table et qu'ils essaient de former ensemble une dynamique qui permette la meilleure prise en charge des patients», insiste Vincent Roques, directeur de cabinet de la FHF.

Le numérique comme facteur d'accès aux soins

« L'hôpital de demain sera humain », projette de son côté Stanislas Niox-Château, pdg de Doctolib. En d'autres termes, délivré des pressions inhumaines qui s'exercent aujourd'hui sur les soignants. Et ce progrès arrivera selon lui par la voie de la dématérialisation. « Le numérique peut aider le professionnel de santé à mieux soigner, mieux diagnostiquer, à mieux prendre en charge son patient», explique-t-il. En divisant, par exemple, la charge administrative des soignants par deux. Pour que cela soit possible, il appelle l'hôpital public à augmenter ses investissements dans le secteur digital. «Actuellement, les structures publiques utilisent seulement 0,7%, du chiffre d'affaires, dans le numérique. En comparaison, les meilleurs hôpitaux européens dépensent minimum 2,5% de leur budget», remarque Stanislas Niox-Château.

L'intégration indispensable de l'expérience patient

Un plus grand déploiement du numérique permettrait une meilleure prise en compte de l'expérience patient au sein du parcours de santé, estime pour sa part Brigitte Volta-Paulet, patiente-coordinatrice aux Hospices civils de Lyon: «il faut donc intégrer l'expérience patient à une échelle institutionnelle. Les dispositifs qui seront  mis en place ne devront pas être uniquement centrés sur le patient, mais sur la relation qu'entretient le patient avec le professionnel de santé».

Cette intégration permettra d'induire une plus grande évolutivité de l'hôpital public. Charlotte Pijcke, architecte associé au sein de l'agence d'architecture Michel Beauvais Associés, souhaite que les structures s'arment pour éviter que de telles crises ne se reproduisent. Pour cela, «il faut intervenir beaucoup plus tôt dans la construction des projets. Il faut absolument organiser des groupes de travail avec les soignants et les aides-soignants, mais aussi avec les patients et leurs accompagnants, afin de mieux définir les besoins de l'hôpital public de demain».

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