Attractivité et virage numérique au cœur des débats de SantExpo 2021

Attractivité et virage numérique au cœur des débats de SantExpo 2021

Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France (FHF) lors de l'inauguration de SantExpo 2021

L'attractivité professionnelle du secteur de la santé, le virage digital hospitalier, la réforme de la psychiatrie : tels étaient parmi les sujets au coeur des débats de cette édition 2021 de SantExpo. Le rendez-vous annuel incontournable des acteurs du secteur sanitaire et médico-social s'est tenu les 8,9 et 10 novembre à Paris.

« À chaque étape, l'hôpital public a montré qu'il était solide, flexible et moderne. Et ce, dans une période de stress et de fortes tensions. Là où la France était à l'arrêt, l'hôpital public a su développer des trésors d'inventivité et d'imagination», a salué Olivier Véran à l'occasion de SantExpo 2021. Dans un contexte de crise au long cours, grévé par la question des déserts médicaux et dans lequel l'hôpital peine à embaucher,  le ministre des Solidarités et de la Santé a fortement orienté son discours sur la question de l'attractivité du secteur. Il a notamment déploré le cas de la médecine d'urgence, dans laquelle un poste sur quatre n'est toujours pas pourvu. Ce qui reflète selon lui un problème de recrutement à la fin des études de médecine, mais aussi un souci de fidélisation à cette discipline. « L'exercice de la médecine d'urgence et un exercice qui est fatiguant, soumis à deux grandes tensions, ce qui fait qu'un grand nombre d'urgentistes après quelques années décide d'exercer une autre forme de médecine », a-t-il regretté.

L'urgence d'un nouveau mode de financement

Pour les acteurs concernés, la plus grande attractivité de la médecine d'urgence, et plus largement du secteur hospitalier, doit passer, au-delà du Ségur, par des réformes plus approfondies du financement du système de santé et une revalorisation plus conséquente des salaires des personnel de soins. Une dynamique soutenue par la Direction générale de l'offre de soins (DGOS) qui convient notamment qu'il faut revoir la tarification du secteur «pour accompagner l'organisation des soins non-programmés et mieux valoriser le travail spécifique des urgentistes». Celle-ci propose en l'occurrence l'instauration d'une tarification "au forfait" avec un compartiment dédié à la qualité.Ces forfaits se découperaient par tranches d'âges: 0-16 ans, 16-45 ans, 45-75 ans et 75 ans et plus. S'ajouteraient en outre des suppléments liés aux particularités de prises en charge. Ces derniers seraient établis en fonction de la classification clinique des malades des urgences (CCMU), et donc du niveau de sévérité de leur état. Serait également pris en considération : le mode d'arrivée du patient, l'éventuel recours au plateau médico-technique (imagerie, laboratoire...) ou encore à un avis spécialisé.

Le pilotage des données

Pour la Fédération hospitalière de France (FHF), les données de santé posent une série de dilemmes pour le secteur de la santé. D'abord, le management de la donnée qui semble absent aujourd'hui. Pour Enguerrand Habran, directeur du fonds de recherche et innovation de la FHF, «malgré le développement d'algorithmes de traitement, les données produites sont de mauvaise qualité, traitées de manière non structurée, non standardisée et incomplète». Autre faille majeure selon lui : l'absence de prise en compte de l'exposome, soit de l'ensemble des expositions à des facteurs non-génétiques favorisant l'apparition de maladies chroniques, auxquelles un individu est soumis de sa conception in utero à sa mort. L'enjeu reste donc d'instaurer de nouveaux modèles de santé en y intégrant la prévention. Enguerrand Habran insiste aussi pour que les données de santé comprennent les informations médicales des patients, mais aussi les données organisationnelles de leurs parcours de soins.

Anita Burgun, professeur d'informatique biomédicale à l'université Paris-Descartes et Aurore Gaignon, juriste au service santé de la Commission nationale d'informatique et des libertés (Cnil), soulignent quant à elles l'importance de la transparence de ces données. Une mesure nécessaire pour établir la confiance du patient et ainsi obtenir son consentement. Les usagers correctement informés ont plus souvent tendance à accepter l'utilisation de leurs données, est-il observé. Mais ce consentement ne doit par se transformer en lourdeur pour le croisement de données. Pour Aurore Gaignon, «On peut aller loin dans l'utilisation des données si l'on respecte le règlement général de la protection des données (RGPD) ».

La réforme de la psychiatrie

La réforme du financement de la psychiatrie a aussi animé de nombreux débats au cours de ce SantExpo 2021. La Direction générale de l'offre de soins (DGOS) et la Commission nationale de la psychiatrie (CNP) en ont profité pour préciser les mesures issues des assises de la santé mentale et de la psychiatrie. Parmi elles, une hausse prévue du financement national à hauteur de 1,2 millions d'euros en 2022 et de 2,4 millions par an, à partir de 2023. Anne Hegoburu, adjointe à la sous-directrice de la régulation de l'offre de soins à la DGOS, a précisé que, dans le cadre de la mise en oeuvre du Service d'accès aux soins (SAS), le déploiement d'une plateforme de régulation des appels téléphoniques sera expérimentée d'abord sur cinq départements. Son extension se fera sur l'ensemble du territoire si l'exercice se révèle concluant. Le choix de ces départements tests est encore en discussion.

Autre sujet préoccupant évoqué: celui des lits à la demande en psychiatrie. Les enveloppes prévues par Ségur de la santé, respectivement de 15 millions d'euros pour l'année 2022, et 25 millions d'euros par an, à partir de 2023, devraient permettre de financer le recrutement de 500 travailleurs à temps plein. L'ouverture de lits étant conditionnée par ce recrutement. Pour le Pr Michel Lejoyeux, président de la CNP, ce dispositif doit amener à réfléchir sur la profession et notamment à l'ouverture de lits en ambulatoires: «Il faut continuer à développer l'ambulatoire et les prises en charges précoces, mais cette reconnaissance des tutelles sur le fait qu'on manque de lits, et qu'on est allé sans doute trop loin dans les fermetures de lits, est importante». Et d'esperer pour conclure que «ces lits à la demande vont permettre d'évaluer plus sereinement les cas pour lesquels une hospitalisation est nécessaire».

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