La campagne vaccinale a débuté sans assurance de son efficacité

La campagne vaccinale a débuté sans assurance de son efficacité

"Les personnes âgées face au risque de la pandémie - Premiers enseignements à tirer": le colloque organisé fin mai par l'Institut Covid-19 Ad Memoriam réunissait autour de la question un bouquet d'experts fin mai. Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, est revenu sur la décision de vacciner en priorité les personnes âgées.

« Le poids énorme du sur-risque de décès et de maladies graves des personnes âgées a défini la stratégie de vaccination en France », explique Alain Fischer. Il précise que sur les 109 000 morts du Sars-CoV-2, 96% avaient plus de 60 ans, et 88% avaient plus de 70 ans. Il évoque aussi la proportion de décès en EHPAD, « 26 400 personnes sont décédées dans ces établissements, à cause de la pandémie ».

Malgré l'amélioration de la situation pandémique, 58% des personnes hospitalisées à cause du COVID sont âgées de 70 ans et plus ; 34% ont plus de 80 ans. Et près d'un tiers (31 %) des personnes en soins intensifs sont des personnes âgées. Le président du Conseil stipule que sans la campagne vaccinale, la situation se serait fortement aggravée. Il prend d'ailleurs en exemple la dernière étude d'Epi-Phare. Cette enquête indique que la vaccination réduit de 87 % les risques de cas graves, et donc d'hospitalisations, ou de décès chez les personnes âgées.

La vulnérabilité du troisième âge

Alain Fischer explique que « le degré de vulnérabilité des personnes âgées est considérable et qu'il dépasse de très loin, tous les autres facteurs connus pour aggraver ou augmenter le risque de décès, de maladie sévère ou de pathologie chronique sévère ». La fragilité de cette population est « multifactorielle », indique le président du Conseil. D'abord, le vieillissement impacte les différentes types d'immunités :
- l'immunité innée : la production de protéines par des cellules immunitaires, appelés interférons ;
- l'immunité adaptative : production d'anticorps,
- l'immunité cellulaire : globules blancs luttant contre des infections spécifiques..

C'est cette dernière immunité qui serait le plus grand facteur de risque, en raison d'un phénomène appelé le « Flame Aging ». Comparé à celui d'une personne jeune, le système de santé d'une personne âgée réagit plus rapidement à une inflammation. Il y a donc, à la fois, un défaut dans les réponses immunitaires et un excès de réponse face aux pathologies inflammatoires.

De la même manière, les vaccins sont moins efficaces sur le troisième âge. « Au moment où il a été décidé de vacciner en priorité les personnes âgées, nous n’avions pas de démonstration de l’efficacité de la vaccination chez ces personnes, et même nous avions des raisons de craindre que cette vaccination soit peu efficace ». Cette campagne a donc commencé sans certitude de son efficacité.

Prioriser le troisième âge : une quasi-originalité vaccinale

Franck Chauvin, président du Haut conseil de la santé publique (HCSP), explique quant à lui, qu'il y a eu trois temps forts dans cette pandémie :
- mars à juin 2020 : la gestion de l’urgence
- 15 octobre au 15 décembre 2020 : la maîtrise de la circulation du virus
- mi-janvier 2021 : la gestion du risque et le calcul bénéfice-risque 

C'est ce calcul qui aurait orienté la politique gouvernementale vers une réduction de la mortalité. La meilleure solution était donc de prioriser les personnes âgées.

Pour Patrick Zylberman, professeur d'histoire de la santé à l'École des hautes études en santé publique (EHESP), cette décision est une « quasi-originalité dans l'histoire de la vaccination ». Cette solution a été très peu utilisée lors des pandémies précédentes. En 2009, lors de la crise du H1N1, cette catégorie n'avait été ciblée  qu'en 3ème vague vaccinale. Le gouvernement avait d'abord privilégié le personnel hospitalier et les métiers de contact, tel que l'ambulatoire, puis les personnes atteintes de comorbidités.

Ce choix aurait été motivé par l'importance du nombre de personnes âgées en France. Pour Pierre-Louis Druais, membre de la Haute autorité de santé, le vieillissement de la population créé un énorme poids démographique. Une pression qui n'était pas présente lors des épidémies précédentes.

Institut COVID-19 Ad Memoriam et CCNE
« L’institut Covid-19 Ad Memoriam (Université de Paris et IRD), a pour mission la collecte, l’archivage et l’analyse des traces et mémoires de la pandémie Covid-19. Il a pour partenaires des institutions de recherche (Institut Pasteur, CNRS, INSERM/ANRS-MIE, Sciences Po, ENS, Institut du médicament, par exemple), de santé (Organisation mondiale de la santé, Santé Publique France, Haut Conseil de la Santé Publique, etc.), du droit et de la justice (Institut des Hautes Etudes de la Justice), des associations (France Victimes, ATD Quart Monde, etc.), mais aussi des cultes et de la culture
 », indique le communiqué du colloque.

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