Ergothérapeutes : une discipline créatrice au service de l’autonomie

Laurent Bergès @EPSVE

Au sein de l’Unité d’hospitalisation à temps plein (UHTP) de l’hôpital de Saint-Denis, l’un des sites de l’établissement public de santé mentale de Ville-Evrard, les ergothérapeutes Laurent Bergès, Cécile de Freslon et Marion Guegan reçoivent les patients, en groupe ou individuellement, pour préparer au mieux leur retour dans la cité.

« Notre pratique est fondée sur le lien entre la santé et l’occupation, explique Cécile de Freslon, ergothérapeute à l’UHTP de Saint-Denis. Nous avons recours à des ateliers créatifs – autour de l’argile, de la mosaïque, de la peinture… –, à la cuisine, à des jeux de société, autant d’animations pour lesquelles la relation est essentielle. En psychiatrie, la relation avec le patient est très particulière. Nous nous adaptons en permanence à ses difficultés pour permettre un retour sur lui-même au travers d’activités et d’échanges ».
Les activités d’ergothérapie peuvent être classées en deux groupes : « certaines sont de type expressif reposant sur une participation active du patient ; d’autres de type impressif, comme la musique. Dans ce cas, le patient reçoit sans obligation de verbalisation. A cela s’ajoutent les actes de vie quotidienne comme la cuisine. En phase aigüe, le patient est souvent reçu en individuel. Puis nous l’amenons petit à petit vers le groupe, le but étant de lui faire retrouver un rythme de vie pour l’extérieur», souligne Marion Guegan, également ergothérapeute dans le service. Dans les deux cas, les patients sont libres de participer ou de partir avant la fin de la séance, dont la durée varie entre la demi-heure et l’heure. « Les patients choisissent de travailler individuellement et en groupe en fonction de leur engagement et de leur motivation. Si certains vont ressentir le besoin de venir, d’autres devront être stimulés », complète Cécile de Freslon. Les résultats de chaque séance sont ensuite présentés lors des staffs quotidiens. « Grâce à ce que partagent les médecins, les infirmiers et les aides-soignants, nous faisons connaissance avec les patients, ce qui permet d’orienter nos propositions d’activité. Ensuite, nous restituons ce que nous avons pu observer à la fois dans la rencontre mais aussi dans le déroulement de l’activité de la personne hospitalisée », détaille Laurent Bergès, lui aussi ergothérapeute à l’UHTP. Une restitution qui vient souvent confirmer les observations d’autres soignants : « par exemple, une personne dépressive et parlant peu refusera de participer aux ateliers ou se montrera ralentie. Son expression dans le dessin sera davantage imprégnée de tristesse. Nous pourrons donc éprouver sa difficulté sous l’angle du rapport à sa propre activité. » L’évaluation des soins est de fait essentiellement basée sur l’observation, notamment de l’évolution du désir du patient et de sa représentation de la maladie. « Des échelles d’évaluation du rapport de l’homme à son activité peuvent être utilisées au cours de prises en charge au moyen et long cours, lorsque la personne présente davantage de stabilité. Mais il est illusoire de recourir à ce type d’outils en situation de souffrance aiguë. A l’UHTP, notre évaluation repose essentiellement sur l’observation du patient en situation d’activité et la restitution auprès de l’équipe », poursuit Laurent Bergès.

« Même malade je peux »

Si la psychiatrie de l’adulte a connu des évolutions en matière de courants de pensée, les fondamentaux du métier d’ergothérapeute restent immuables. « Ils sont moins liés à une école de pensée qu’à ce qui fait l’être humain, à savoir sa faculté d’intelligence et de narration, ainsi que son aptitude à agir et à être en relation avec les autres, poursuit Laurent Bergès. Quelles que soient les époques, notre discipline a toujours préservé la relation avec une matérialité. Depuis les années 1970, elle demeurait empreinte d’une approche psychodynamique, qui valorise l’enseignement de Donald Woods Winnicott et l’importance des espaces transitionnels dans la construction du rapport à la réalité. Aujourd’hui, c’est le courant de réhabilitation psychosociale qui est porteur ».
« Même malade je peux » pourrait être le message des ergothérapeutes aux personnes malades, à leurs proches mais aussi à l’ensemble de la communauté soignante. « La personne hospitalisée est parfois considérée comme passive, se contentant de recevoir les soins décidés pour elle. Mais notre culture de l’autonomisation nous incite à nous appuyer sur ses potentialités et ce, dès les premiers jours », conclut Laurent Bergès.

Partager entre professionnels

A Ville-Evrard, les ergothérapeutes se réunissent trois ou quatre fois par an. « Nous avons besoin de nous retrouver et de parler de notre exercice car nous travaillons souvent seuls au sein d’une équipe de psychiatrie. Il faut pouvoir exister individuellement et faire valoir la particularité de notre métier », expriment les trois ergothérapeutes.

 

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