Regards croisés sur l'avenir de la télésanté

Regards croisés sur l'avenir de la télésanté

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Avec la crise sanitaire, la télémédecine est devenue un outil essentiel du système de santé français. Mais quels en sont précisément les enjeux et quels obstacles rencontre sa généralisation? Plusieurs experts ont échangé sur la question lors de la visioconférence « Quelles stratégies de télémédecine ? » organisée par la Fédération hospitalière de France le mercredi 10 mars, dans le cadre du SantExpo Live. 

« 75% des médecins sont satisfaits de la téléconsultation » annonce le docteur Jacques Lucas, président de l'Agence du numérique en santé (ANS). Et de nuancer toutefois son propos en rappelant que les débuts de la téléconsultation française ont été particulièrement difficiles.

La Covid-19 a de fait généralisé l'utilisation d'un outil qui existe depuis 2009, relève-t-il. Et alors beaucoup de médecins éprouvaient une forme de résistance face à ce changement de pratique. « Il y avait aussi des résistances liées à une réglementation qui était excessive, qui a d'ailleurs été levée avec l'épidémie, pour pouvoir réaliser plus facilement des téléconsultations », précise le président de l'ANS. À noter que jusqu'en septembre 2018, cette pratique n'était pas remboursée par l'Assurance maladie.

Une généralisation dans la souffrance

Avec l'arrivée de la Covid-19, le système de santé a dû apprendre à utiliser cet outil. « On ne peut pas dire que la transition s'est faite en douceur, les médecins ont été mis au pied du mur, ils n'ont pas eu le choix », souligne Lydie Canipel, infirmière et coprésidente de la Société française de santé digitale (SFSD). Pour cause, « on avait une centaine de milliers de consultations en télémédecine réalisées par an, avant de passer à plus d'un million par semaine, au cœur de la crise », détaille Nathalie Salles, coprésidente de la SFSD.

Cette précipitation  a également été éprouvée par les patients. « Ils ont eu la sensation d'avoir été jetés dans la piscine sans bouée », illustre Lydie Canipel. En conséquence, beaucoup de patients demandent une plus large campagne d'information sur la télémédecine. Avec une plus grande sensibilisation, la deuxième vague aurait été moins brutale, estime le Dr Jacques Lucas. « Un certain nombre de patients atteints de maladies chroniques ont différé leurs consultations en physique et n'ont pas pris de téléconsultations, puisque pas encore habitués ».

Les limites du dispositif digital

Pour les experts deux principaux obstacles bloquent la progression de cet outil : la désertification médicale et la fracture numérique.

Le manque d'égalité entre les territoires  concernant l'offre de soins maintient une forme de discrimination entre certaines régions. Pour le Dr Jacques Lucas « Il y actuellement des territoires sur l'ensemble de la République, où les citoyens n'ont pas aisément un accès aux soins pour diverses raisons, dont parfois l'absence de professionnels de la santé sur zone ».

La téléconsultation peut également devenir un facteur de discrimination. Ne faisant qu'augmenter le sentiment de fracture numérique chez les populations les plus isolées. Le président de l'ANS estime qu'il « faut que l'ensemble du territoire national soit fibré, afin de pouvoir faire de la télémédecine là, où précisément, il peut y en avoir le plus besoin. C’est-à-dire dans des endroits où il n'y a pas une présence médicale de proximité ».

Des pistes d'amélioration

Afin d'améliorer la situation, différents moyens devraient être mis en place grâce aux Communautés professionnelles de territoires de santé (CPTS), réunissant des ensembles de soignants sur un même territoire, qu'ils viennent du milieu hospitalier ou libéral.

D'après le Pr Nathalie Salles, « il faut revoir les organisations, remettre à plat et décortiquer l'ensemble des étapes du parcours de soins ». Elle considère aussi que la crise sanitaire a révélé des erreurs internes au système de soins. Selon elle, les professionnels auraient déjà dû être formés à cet outil.

Pour la coprésidente de la SFSD, il est également nécessaire de créer un dispositif avec le personnel de terrain : « il faut voir ce qui se passe sur le terrain et créer, de manière démocratique, un outil qui va répondre aux besoins de tous. Et surtout, ne pas revenir à ce que le système vit actuellement : c'est-à-dire plusieurs comités qui tentent de créer un lien avec le terrain ».

Pour en savoir plus : Quelles stratégies de télémédecine ? 

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