Organisation des soins, attractivité, financement : la FHF prend ses marques pour la rentrée

Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France

Ma Santé 2022, un an après, où en est-on? Sur fond de crise des urgences, dans un contexte d'actualité tendue, la Fédération hospitalière de France a fait ce mercredi 18 septembre sa conférence de presse de rentrée. Revenant sur les grandes annonces du Gouvernement, les responsables de la FHF ont posé leurs priorités : organisation des soins sur les territoires, attractivité des métiers de la santé, un financement adapté et une meilleure redistribution. Point d’étape des positions et propositions de la fédération sur les grands chantiers de la santé et de l’hôpital.

« Il y a un an, nous avons applaudi une réforme globale qui n’était pas seulement celle de l’hôpital. Néanmoins beaucoup de questions restent en suspens», a déclaré en préambule Frédéric Valletoux, le président de la FHF. A savoir notamment: le financement à la pertinence des soins, l’attractivité des carrières hospitalières, l’organisation de la médecine libérale, la permanence des soins.

 zaynab riet

«Accompagner la gradation des soins sur les territoires pour que les tensions que connaissent les urgences ne deviennent pas celles de l’hôpital en général», Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France

Le financement au parcours et la régulation de l’ONDAM

Concernant la mise en place du financement au parcours (pour le moment ciblé sur la prise en charge du diabète et de la maladie rénale chronique), la FHF pointe l’absence des soins de ville dans le forfait et un financement largement insuffisant. «Nous demandons une réelle co-construction avec des professionnels experts du sujet et la mise en œuvre d'un forfait tenant compte de la réalité du parcours des patients avec un financement à la hauteur», a avancé Zaynab Riet, la déléguée générale de la FHF.

Cecile Chevance, responsable du pôle Finances de la FHF, s’est exprimée quant à elle sur la question de la régulation de l’ONDAM (Objectif national de dépenses d’assurance maladie) faisant observer que des transferts de plusieurs centaines de millions d'euros avaient encore été réalisés en 2018 de l'enveloppe hospitalière vers l'enveloppe de ville, pénalisant la capacité d'investir des établissements et dégradant leur situation financière (1 Md€ de transfert en cumulé). «La FHF attend une régulation de l'ONDAM plus équitablement répartie entre tous les acteurs au prorata du poids économique de chacun, une visibilité pluriannuelle des ressources (tarifs, dotations) des établissements et une sanctuarisation des financements recherche et innovation», a-t-elle énoncé, appelant à «l'association incontournable des fédérations hospitalières aux négociations conventionnelles des tarifs qui leurs sont applicables».

La psychiatrie encore en chantier

Pour la psychiatrie, les responsables de la FHF regrettent que les réunions engagées ces derniers mois n'aient pas permis d'aboutir à de véritables progrès, avec une convergence des taux d'évolution du financement des taux publics par rapport au privé, ni de définir un mode de financement clair et équilibré. Selon eux, «Un modèle commun de financement doit être construit, permettant de répondre aux inégalités territoriales, en tenant compte de critères populationnels, et de la nature de l'activité réalisée».

De la qualité à la pertinence des soins

« L’accès à la qualité des soins, c’est aussi s’attaquer plus fortement aux actes non pertinents et faire évoluer le mode de financement pour valoriser la qualité des parcours des patients. », déclarait voici un an Emmanuel Macron. « Il est urgent d’actionner tous les leviers de la pertinence avec des indicateurs adaptés qui récompensent les bonnes pratiques», relève sur ce point Zaynab Riet.
La FHF entend pour ce faire s’appuyer sur une méthodologie d'analyse des données pour déboucher sur des modèles financiers favorisant la pertinence, à travers notamment le programme Choisir avec soin, (déclinaison française du projet Choosing Wisely), guide de bonnes pratiques en matière de pertinence des actes et des soins. 

La fédération attend, dans ce contexte, une plus forte incitation financière à la qualité des soins (Ifaq). Elle soutient l’approche par l’expérience patient mais demande à ce «que les indicateurs de mesure soient pertinents au niveau individuel, de l’établissement et du parcours de soins et soient standardisés par une comparaison au niveau international». Elle appelle en outre une révision des modalités de certification tenant compte de la taille et du panel d'activités.
Evoquant le chantier de la santé numérique, Zaynab Riet a rappelé l’importance de l’équipement du secteur médico-social et tout particulièrement des établissements accueillant des personnes en perte d’autonomie.

Des leviers pour renforcer l’attractivité des métiers hospitaliers

« Ceux qui sont engagés à temps plein dans l’hôpital public doivent pouvoir voir reconnaître cet engagement», a déclaré Marie Houssel, responsable du pôle Ressources humaines hospitalières de la FHF, en présentant les propositions de l’association en faveur de l’attractivité des carrières. «Pour conforter une offre publique, garante de l’intérêt général et de l’accès aux soins pour tous, il convient d’améliorer le statut de PH en revalorisant le début de carrière et en créant un échelon supplémentaire en fin de carrière», a-t-elle indiqué. La fédération appelle également à «sanctionner» les médecins intérimaires demandant une rémunération supérieure aux plafonds, «c’est à dire appelant les EPS à enfreindre la réglementation» et ouvrir le chantier sur les écarts de rémunération entre secteurs public et privé.
Au-delà de la création d’un observatoire QVT et du volet QVT du projet d’établissement inscrits dans la loi Santé, la FHF souhaite le lancement d’un plan national de santé et de qualité de vie au travail des professionnels hospitaliers.

Les enjeux de la territorialisation

En termes d’organisation des soins, la FHF se félicite de la structuration territoriale du réseau de proximité, entérinée par Ma Santé 2022. Afin de garantir des services de qualité et de proximité, elle préconise une participation croisée des professionnels médicaux et paramédicaux au sein de leurs instances ville-hôpital : représentant des Communauté Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) en CME/CMSIRMT et représentant hospitalier médical au sein des CPTS. La fédération souligne à ce sujet qu’elle est en attente d’une réponse ministérielle sur l’accompagnement des établissements (à hauteur de 100 millions d'euros) pour renforcer voire recréer des activités de médecine dans les hôpitaux de proximité en fonction des besoins réels.

Une permanence des soins avec garantie de résultats

Regrettant de ne pas avoir été conviée aux concertations sur le sujet, la FHF préconise, en tout état de cause, de restaurer, sous la responsabilité de l’ARS, une obligation de résultat en termes de permanence des soins ambulatoires (PDSA). «Aujourd’hui 80% de la population ne bénéficie pas d’une permanence des soins, constate Marc Bourquin, conseiller Stratégie de la FHF. Il semble donc indispensable qu’il y ait une garantie de résultats».
Evoquant quant à elle la crise des urgences, «Nous devons anticiper et non pas subir crise après crise», a déclaré Zaynab Riet, invitant à s’en remettre au plan d’actions global proposé par la FHF et remis à la ministre de la Santé début septembre.

Un plan d’urgence pour les urgences
Faisant écho au «Pacte de refondation des urgences» annoncé par le gouvernement, la FHF en appelle à l’engagement collectif en matière de soins non programmés avec la proposition d’un plan d’actions global pour réorganiser les urgences hospitalières. Celui-ci, visant à «réaliser une convergence des devoirs entre tous les acteurs de la santé au service des patients», se décline en 5 axes :
- Améliorer l’amont des urgences, en renforçant le rôle de la ville dans la prise en charge des soins non-programmés et la permanence des soins
- Améliorer les parcours de santé des patients chroniques ou fragiles, pour limiter les passages inadéquats aux urgences et parce que le mode d’entrée par les urgences est un facteur de risque pour les personnes âgées
- Adapter le modèle économique, en révisant les référentiels qui servent à calculer les financements aux établissements et en simplifiant le dispositif de facturation
- Repenser l’aval, avec l’impérieuse nécessité de reconsidérer la diminution capacitaire et de rouvrir des lits là où ils sont nécessaires
- Impulser une nouvelle dynamique en matière de ressources humaines au regard des enjeux démographiques

Le point d’avancement du chantier Grand Age

« Passer des intentions aux actes», telle est la principale attente de la FHF, depuis la publication du Rapport Libault de mars 2019. La fédération a pour cela identifié 5 engagements. A savoir : un «changement de logiciel» de l’aide aux aînés pour construire une offre adaptée, une «révolution des métiers» pour en développer de nouveaux et revaloriser les carrières, le renforcement des effectifs, un budget à la hauteur des enjeux et un «bouclier hébergement» pour plafonner le reste à charge aux ressources des personnes âgées. Aujourd’hui le reste à charge dépasse de 300 à 500 euros par mois les ressources des personnes âgées…

En attente de concrétisation avec le PLFSS 2020

Pour l’heure, dans l’attente de la présentation du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2020, prévue le 30 septembre, la FHF affiche son souhait de se voir entendue et de voir concrétiser les avancées annoncées.

 

À lire aussi

Retrouvez toutes nos actualités dans la newsletter

Pour vous abonner à notre newsletter, veuillez svp saisir votre adresse email dans le formulaire ci-dessous et cliquer sur le bouton « Envoyer » :

* Champ obligatoire

Vous pouvez consulter notre politique de confidentialité.

Vous pouvez mettre à jour vos préférences d’abonnement.