A Valenciennes, un roman pour s'approprier le projet d'établissement

"Disponible au Furet du Nord de Valenciennes et au point presse de l’hôpital Jean-Bernard ainsi qu’à l’Office du Tourisme, le public achète le livre et nous avons renouvelé une fois le stock dans l’un des points de vente", se réjouit Rodolphe Bourret.

Exemple de communication hospitalière créative, « Le choix heureux d’une vie » est le titre du roman écrit par Christine Desrousseaux. Un livre fort et émouvant qui traduit en récit, l’information stratégique souvent aride. La narration romanesque permet à chacun de s’approprier le projet d’établissement du centre hospitalier de Valenciennes (CHV) et d’en mesurer les enjeux. Une initiative à marquer d’une pierre blanche car pour la première fois dans l’univers hospitalier, une stratégie institutionnelle inspire une création littéraire. Rencontre avec l’auteure.

Dans quelles circonstances avez-vous été amenée à écrire le roman « Le choix heureux d’une vie » et quelle a été votre méthode de travail ?
Le centre hospitalier de Valenciennes (CHV) venait de publier son projet d’établissement et ses dirigeants cherchaient une manière de le rendre accessible au plus grand nombre. Le directeur de l’établissement, Rodolphe Bourret et le directeur de la communication, Denis Burgarella, ont alors eu la très bonne idée de le faire vivre à travers une fiction. C’est ainsi que la maison d’édition Page à page, avec laquelle j’avais déjà travaillé, m’a contactée. J’ai assisté à une réunion sur le projet d’établissement au cours de laquelle a été abordé le ressenti des équipes hospitalières par rapport au territoire du Valenciennois. Ce bassin de population enregistre une surmortalité très importante, de près de 30% supérieurs à la moyenne nationale. Pourtant, et le projet d’établissement précédent le montrait déjà, l’offre médicale est suffisante. Malheureusement, nous sommes face à une population déprimée qui ne croit plus en elle et qui de ce fait repousse les contrôles ou les rendez-vous médicaux. De nombreuses personnes arrivent donc souvent à l’hôpital quand il est trop tard : les pathologies sont trop avancées pour laisser entrevoir la guérison… En termes de méthode, j’ai lu avec la plus grande attention le projet d’établissement, visité l’hôpital, puis la ville… Le travail de préparation a été important. Ensuite, j’ai vraiment eu carte blanche pour imaginer mes personnages et leur donner vie.

Comment les personnages de Julie ou encore de Papijo, son grand-père, se sont-ils imposés à vous ?
Les personnages me sont venus naturellement. J’ai choisi de raconter l’histoire d’une petite fille qui devient une jeune fille puis une jeune femme. Au départ, cette petite fille perd son grand-père qui, même s’il a un certain âge, aurait pu espérer vivre plus longtemps en prenant davantage soin de lui et de sa santé. Présenter le projet d’établissement du CHV nécessitait de se projeter dans un avenir à court terme.

La presse se fait largement l’écho des difficultés de l’hôpital. Mais votre roman véhicule un message très optimiste, à l’image de son titre…
Ni les difficultés de l’hôpital, ni la souffrance au travail ne peuvent pas être niées mais à Valenciennes, j’ai surtout ressenti de la part de l’ensemble des professionnels une grande envie de bien faire, de dialoguer le plus possible avec les usagers et d’apporter les meilleurs soins. Quant au choix du titre, c’est le directeur de la communication qui a eu cette idée. Et c’est un choix heureux qui renvoie à la volonté de mon personnage de surmonter ses blessures et d’initier des actions positives.

Vous êtes originaire des Hauts-de-France. Est-ce que cet élément a compté lorsqu’il s’est agi de camper votre fiction à Valenciennes ?
C’est effectivement un élément important. Les personnes originaires du Nord de la France ont une meilleure connaissance de ses habitants et de leurs difficultés. Je sais combien ce territoire a été marqué par l’industrialisation et les crises successives qui ont affecté une partie de la population.

Ecrirez-vous à nouveau sur la santé ?
Pourquoi pas même s’il faut compter avec le mystère de la création… Les écrivains reprennent parfois plus ou moins consciemment ce qu’ils ont connu, ou ce qui les a marqués. L’un de mes prochains livres fera peut-être référence au CHV.

Et s’il ne fallait retenir qu’un seul message ?
Toujours être attentif à soi-même et aux autres. L’humain est au cœur de tout et le milieu hospitalier est un formidable terrain d’expression et d’exemplarité en matière d’attention portée aux autres et à soi-même.

Editions Page à Page, novembre 2018, 107 pages, 6 euros.

"Intégrer le projet d’établissement du CHV dans le récit d’une fiction a été une expérience enthousiasmante !"
Deux questions à Rodolphe Bourret, Directeur du centre hospitalier de Valenciennes
Quelle vision avez-vous de la communication institutionnelle ?
La communication institutionnelle est intrinsèquement liée au management d’un établissement ou d’une entreprise. En interne comme à l’extérieur, elle contribue à la valorisation de l’activité, définit et entretient la notoriété et porte la stratégie de marque. C’est le vecteur essentiel de la fierté d’appartenance des salariés, mais également des dirigeants ! Naturellement la communication institutionnelle n’est pas monolithique et son spectre de rayonnement est large, depuis la définition de la stratégie de communication, les relations presse, les relations publiques, la politique événementielle jusqu’au marketing qui optimise le positionnement de la personne publique, dans des univers parfois concurrentiels, comme c’est le cas pour la santé. De mon point de vue, la sensibilité des dirigeants à l’impact de la communication détermine l’importance accordée à cette fonction stratégique en termes de moyens. Certains s’accommodent des fonctions traditionnelles voire routinières, d’autres recherchent l’innovation en misant sur le digital notamment, ou sur des campagnes originales sur le fond et la forme. Intégrer le projet d’établissement du Centre hospitalier de Valenciennes dans le récit d’une fiction a été, par exemple, une expérience enthousiasmante ! Toutefois, et puisqu’elle est institutionnelle, la communication doit privilégier le contenu plutôt que le support. La qualité des informations est constitutive de l’image de l’entreprise. Aussi, la communication reste une affaire de professionnels et avoir la fibre communicante ne fait pas du quidam un professionnel de la communication ! La lisibilité des messages, autant que la visibilité de l’entreprise sont essentiels pour une communication efficace. La fiabilité, voire la sécurité des choix sont des critères indissociables qui s’appliquent également à la communication. L’accès aux outils de communication est aujourd’hui largement facilité pour le plus grand nombre, une simple connexion à Internet ouvre sur une audience, un public planétaire. La communication institutionnelle maîtrisée, normée doit ainsi cohabiter avec la liberté quasi-totale du web. Les enjeux pour le représentant légal d’une personne publique sont d’un autre niveau que ceux de la sphère du droit privé. C’est une des raisons qui expliquent pourquoi je place la communication institutionnelle à un niveau stratégique et pas seulement opérationnel.
Comment ce roman a-t-il été accueilli par les professionnels et par le grand public ?
Quand on expérimente une nouvelle modalité de communication, il y a toujours une crainte sur son efficacité. Même si l’appréhension était limitée, le succès, le 4 décembre 2018, de la séance de dédicaces organisée pour le personnel – 300 livres dédicacés – a conforté notre choix ! Faire appel à une auteure de fiction pour rendre accessible au plus grand nombre les grandes orientations du projet d’établissement autorise à penser que de mains en mains, « Le Choix Heureux d’une Vie », autorisera une large diffusion de nos ambitions. Disponible au Furet du Nord de Valenciennes et au point presse de l’hôpital Jean-Bernard ainsi qu’à l’Office du Tourisme, le public achète le livre et nous avons renouvelé une fois le stock dans l’un des points de vente. Nous pourrons faire un premier bilan de la diffusion au mois de juin. Notre objectif n’est pas de réaliser un succès de librairie mais de présenter l’esquisse de notre établissement tel qu’il sera dans 5 ans.
 
"Une œuvre « made in Valenciennes »"
Deux questions à Denis Burgarella, Directeur de la communication, Centre Hospitalier de Valenciennes
Pourquoi avoir choisi de repenser la communication pour faire connaitre le projet d’établissement ?
Le projet d’établissement est un document « institutionnel » volumineux qui est un guide utile pour les acteurs de l’hôpital mais difficilement accessible aux personnes qui n’appartiennent pas au monde de la santé… Et tous les salariés de l’hôpital ne le consultent pas de manière spontanée. Il sort rarement de la sphère managériale administrative et médicale, quels que soient les efforts de mise en page et de présentation. Le rôle majeur de l’hôpital dans l’offre de soins sur le territoire et la volonté d’ouverture portée par le projet d’établissement impliquaient d’utiliser un support accessible et compréhensible par tous les professionnels de l’hôpital, quel que soit le métier exercé, mais aussi par les patients, leurs familles et accompagnants, les partenaires associatifs, les acteurs sociaux, économiques et institutionnels… Brefs tous les publics.
Pourquoi avoir privilégié le roman plutôt qu’une vidéo par exemple ?
Le projet d’établissement, sous sa forme conventionnelle, est le produit du travail des groupes constitués pour sa rédaction. C’est une réalisation exclusivement interne qui n’a fait appel à aucune autre ressource que celle dont nous disposions. Aucune intervention d’agences ou de consultants, c’est une œuvre « made in Valenciennes ». Le choix du roman a deux origines. La première, relève de l’idée et de la volonté de Rodolphe Bourret puisque c’est lui qui a souhaité donner une forme originale au projet d’établissement et le rendre ainsi accessible au plus grand nombre. La seconde trouve sa source dans la culture d’entreprise du Centre hospitalier de Valenciennes. La gestion médicale décentralisée et l’organisation « polaire » ont créé des systèmes et des circuits atypiques qui ont pour objectifs d’optimiser la réactivité, l’efficacité mais surtout l’innovation dans la prise en charge des patients mais également dans les processus décisionnels. Le budget des pôles d’activité, et d’une manière générale de l’établissement, est centré en priorité sur le patient (personnel médical et soignant, plateau technique, équipements). Dans ce contexte, toutes les dépenses sont validées par les instances de l’hôpital. La rédaction d’un synopsis, les prises de vue et le montage d’un film vidéo ne pouvaient être réalisés en interne. Les dépenses auraient dépassé l’enveloppe prévue pour la communication consacrée au projet d’établissement. C’est donc pour respecter la volonté de la Direction générale et le budget consacré à la communication du projet d’établissement que le choix s’est porté sur une fiction littéraire. Deux bonnes raisons qui matérialisent en un livre que l’on peut lire, relire, offrir ou prêter les orientations définies par la communauté hospitalière pour créer l’hôpital et le service public de santé de demain.
 
Contact
GHT du Hainaut-Cambrésis
Centre Hospitalier de Valenciennes
114 Avenue Desandrouins - CS 50479 - 59322 Valenciennes Cedex
Téléphone : 03.27.14.02.97

 

 

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