« Poursuivre la révolution de la territorialité »: Zaynab Riet, déléguée générale de la FHF

Zaynab Riet

Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France et inspiratrice de Réseau, Hôpital & GHT, porte un regard optimiste sur cette nouvelle organisation tout en esquissant les évolutions nécessaires à l'optimisation du parcours de soins des patients.

Quels sont les apports des Groupements hospitaliers de territoire (GHT) à notre système de santé ?
Les GHT incarnent la logique de parcours qui doit structurer notre système de santé. Dans le cadre des projets médicaux partagés, la détermination du rôle de chaque professionnel tout au long du parcours patient, a permis de repenser l’organisation territoriale des soins mais aussi de réexaminer les protocoles de coopération entre les établissements pour connaître et reconnaître le rôle de chacun, et améliorer à la fois les interfaces et la communication.
Les GHT vont donc contribuer à améliorer l’accès aux soins – grâce par exemple aux consultations avancées, à la télémédecine, à une meilleure coopération entre professionnels, etc -, ainsi que la structuration et la lisibilité des filières du fait d’une meilleure gradation des soins. Cette lisibilité doit d’ailleurs encore être renforcée par une communication volontariste, notamment en direction de nos partenaires de la médecine de ville. Enfin, j’ajouterai que les GHT portent une stratégie de groupe public qui implique de renforcer les liens entre les équipes médicales et soignantes, et de privilégier une logique de coopération et de mutualisation entre membres d’une même famille. Un secteur public fort, c’est un meilleur service rendu à la population en matière d’accessibilité, géographique ou financière.

Quelles sont les évolutions souhaitables dans les années à venir ?
Dans la phase de mise en œuvre et de rodage des GHT, la mutualisation des activités - et plus particulièrement celle des achats -, est une révolution organisationnelle et culturelle pour les établissements publics. Selon la taille du groupement, cette structuration a pu faire craindre une lourdeur administrative qui serait à terme contre-productive avec les finalités recherchées, à savoir une meilleure structuration de la filière et une amélioration des pratiques professionnelles. Peut-être conviendra-t-il de revoir le périmètre de certains GHT ou d’apporter des solutions juridiques afin d’éviter que ces freins perdurent. Il s’agit ensuite de poursuivre la révolution de la territorialité en faisant vivre le principe de responsabilité populationnelle, qui permettra de rassembler l’ensemble des acteurs de santé autour d’un objectif commun, la santé et le bien-être de la population. Cette approche par les territoires exige de la souplesse et le développement de la capacité d’initiative des acteurs de terrain. Le rythme de progression sur le chemin des projets territoriaux de santé sera donc nécessairement différent dans chaque territoire.

En matière d’innovation médicale et de recherche, les GHT peuvent-ils renforcer les coopérations entre CH et CHU ?
Oui, car en plus des compétences médicales et paramédicales, les GHT vont faciliter le partage des compétences rares, comme celles des biostatisticiens ou des bio-informaticiens, ainsi que celui des équipements innovants. Les Groupements vont également aider à la structuration et à la coordination des maisons territoriales de la recherche, accroître l’attractivité vis-à-vis des praticiens, permettre de disposer de cohortes plus importantes de patients ou encore favoriser l’égal accès de tous à des soins d’excellence. La FHF souhaite faire des GHT de véritables clusters d’innovation en santé. Qu’il s’agisse de la formation, de la répartition des post-internats, de l’organisation des assistants partagés, ou de l’animation des équipes médicales de territoires, le U des CHU a vocation à intégrer cette nouvelle dimension territoriale qui est un facteur d’attractivité pour les équipes médicales, paramédicales et pour le CHU lui-même.

Cette attractivité nouvelle est-elle perçue par les médecins hospitaliers ?
A l’été 2017, la FHF a réalisé une enquête en partenariat avec Arthur Hunt Conseil afin d’identifier les besoins et les attentes des médecins hospitaliers et des étudiants en médecine en matière de gestion des ressources humaines médicales. Il ressortait alors que seuls 42,6% des médecins percevaient la mise en place de coopérations territoriales comme un levier d’attractivité, essentiellement grâce à l’accès aux plateaux techniques et à l’amélioration de la qualité des prises en charge.
Nous avons donc un enjeu collectif d’accompagner la mise en place de ces équipes territoriales. Et les CHU, notamment dans le cadre des conventions d’association aux GHT, jouent ici un rôle fondamental en intégrant les besoins de santé dans la répartition des postes d’internes sur le territoire et en développant les postes d’assistants partagés. En novembre 2015, nous avions réalisé avec l’ISNCCA un état des lieux national qui illustrait l’attractivité de ce dispositif : A la question « Et si c’était à refaire ? », 85% des assistants interrogés répondaient positivement. Au-delà, 90% des assistants restent dans la région d’exercice après leur post-internat, et 86% d’entre eux poursuivent une carrière hospitalière. Mais nous devons aussi intégrer les attentes des médecins dans l’organisation des équipes territoriales. Comme l’explique très bien le Pr Olivier Morel du CHU de Nancy dans le Mooc attractivité de la FHF, ils souhaitent exercer la sur-spécialité pour laquelle ils ont été formés, avoir un rythme de garde et d’astreinte acceptable ou encore vivre dans ou à proximité d’une métropole. Ces attentes sont tout à fait légitimes.

Vous avez soutenu, et même inspiré, la création de Réseau, Hôpital & GHT. Pour quelles raisons ?
Lorsque j’étais présidente de la conférence nationale des directeurs de CH, j’ai souhaité communiquer et donner de la lisibilité à la fois aux actions des centres hospitaliers et à la plus-value qu’ils apportent dans le cadre des GHT. Le Réseau Hôpital & GHT permettra de mettre en valeur les initiatives des centres hospitaliers, mais aussi d’expliquer au grand public, aux élus ou encore aux représentants des usagers ce que font ces établissements pour optimiser et sécuriser les parcours de santé des patients. Il est important de partager les actions et les projets qui améliorent la qualité des prises en charge, le travail des équipes et de valoriser les différents partenariats réalisés dans les territoires.

 

 

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