Cédric Lussiez, « la vraie « plus-value » du GHT est liée au travail sur l’offre médicale, et sur l’amélioration de la qualité des soins »

Cédric Lussiez

Directeur du centre hospitalier d’Arpajon, Cédric Lussiez détaille les réalisations innovantes de l’établissement et pose un regard pragmatique sur l’apport des Groupements hospitaliers de territoire.

Comment définiriez-vous le Centre hospitalier (CH) d’Arpajon ?
Le CH d’Arpajon*, qui est de taille moyenne à l’échelle de la France et de petite taille à l’échelle francilienne, se définit fondamentalement comme un hôpital de proximité. Ses comptes sont à l’équilibre et il est très bien inséré dans son Groupement hospitalier de territoire (GHT), aux côtés du centre hospitalier Sud Essonne et du centre hospitalier Sud francilien. Nous avons trois projets d’investissement majeurs très structurants validés par l’Agence régionale de santé (ARS) : l’extension des Urgences, le nouveau bâtiment mère-enfant et la reconstruction d’un de nos etablissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Précisément, où en sont les travaux et quels seront les bénéfices en matière d’offre de soins ?
Le nouveau centre des urgences sera inauguré en novembre 2019. Il présentera la particularité d’accueillir des urgences pédiatriques et nous avons également souhaité y installer une maison médicale libérale de garde avec un accès direct à l’imagerie et à la biologie publiques. S’agissant de la maternité et du nouveau pôle mère-enfants, l’objectif est de mettre aux normes notre bloc obstétrical, de créer des chambres seules pouvant accueillir un parent en pédiatrie, et de créer une unité « adolescents » qui traitera des troubles cognitifs, d’apprentissage, de sociabilisation, des enfants et adolescents de notre territoire. Enfin, deux Ehpad seront regroupés sur la base d’un concept architectural davantage orienté vers les unités de vie. L’ensemble pourra accueillir 124 résidents et offrira des hébergements de répit pour permettre aux aidants de souffler un peu. Ces deux derniers projets seront opérationnels en mai 2021.

Vous avez indiqué que le CH d’Arpajon était bien inséré dans son GHT. Comment définiriez-vous l’apport de ce groupement à votre établissement ?
A la faveur du projet médical partagé, nous avons déjà mutualisé avec notre hôpital de référence plusieurs activités, l’ORL, la cardiologie, l’oncologie et l’urologie, selon un schéma simple : les soins de proximité se feront à Arpajon ; les soins de recours à Evry. Les postes médicaux sont partagés. Le GHT a donc permis à certaines activités médicales de se redéployer selon une logique territoriale. Nous avons été plus prudents s’agissant des activités d’urgence, de soins critiques ou encore d’imagerie, car il est important de respecter les logiques d’équipes. Ne systématisons pas les équipes territoriales quand cela n’est pas souhaité par les personnes ni n’apporte de bénéfices tangibles pour les patients ou les médecins, car dans ce cas, vous courrez le risque d’engendrer une perte de solidarité, voire de la surenchère salariale. Il nous a semblé plus pertinent de mettre en commun ce qui générait des effets positifs…. Aujourd’hui, les GHT ont une signification concrète pour un cinquième de nos activités.

Cette situation est-elle susceptible d’évoluer ?
Cette proportion est appelée bien entendu à croître mais n’oublions pas que le cœur de l’activité d’un hôpital comme celui que je dirige est par nature de proximité. Veillons donc à ne pas perdre les identités de sites. Il existe de réelles tensions entre identité de sites et identité de territoires. Si deux personnes n’ont pas de raison de travailler ensemble, elles ne travailleront pas bien ensemble.

La mise en place des GHT a-t-elle introduit des contraintes nouvelles ?
Les GHT ont introduit beaucoup de contraintes. Si celles-ci étaient stimulantes pour la construction d’un projet médical partagé pour toutes les disciplines, elles ont été plus difficiles à appréhender en ce qui concerne la gestion des établissements. 
S’agissant des systèmes d’information, le ministère de la Santé nous a donné comme instruction de mettre en place un système totalement communicant d’ici trois ans. Compte tenu de l’existant dans notre GHT, ce choix aurait représenté des coûts énormes – et le recrutement d’une quinzaine informaticiens - pour une fonctionnalité faible car la proportion de patients qui vont passer d’un établissement à un autre est de l’ordre de 2 à 3%. Nous avons donc privilégié une version a minima en fusionnant les systèmes informatiques proches et en créant dans les autres cas des espaces de communication permettant la lecture de l’ensemble des dossiers médicaux.
En ce qui concerne les achats, le nombre de marchés publics à passer a triplé compte tenu des effets de seuil, ce qui représente énormément de travail et un allongement des délais pour les professionnels de terrain, pour des gains dont l’évaluation n’est pas simple. Heureusement, il faut saluer la mobilisation des équipes qui ont réussi à trouver des modes de collaboration conservant un peu de réactivité.
Il reste que la vraie « plus-value » du GHT est liée au travail sur l’offre médicale, et sur l’amélioration de la qualité des soins pour les patients.

Si vous deviez citer une initiative exemplaire dans laquelle le CH d’Arpajon est partie prenante, quelle serait-elle ?
Nous travaillons beaucoup sur la prévention des hospitalisations inadéquates avec les équipes mobiles de gériatrie, de soins palliatifs et avec un service de soins infirmiers à domicile (Ssiad) renforcé. Les professionnels du Ssiad se rendent deux fois par jour auprès des personnes âgées repérées comme étant très fragiles. Nous avons bénéficié d’une subvention de l’Agence régionale de santé pour inclure une soixantaine de patients dans une logique de double visite. Le rôle du médecin hospitalier mis à disposition « gratuitement » par l’hôpital est de répondre aux questions des infirmières qui se trouvent au chevet des patients et plus rarement d’effectuer des visites à domicile. Nous soutenons également l’initiative d’une association de professionnels libéraux, Espace Vie, qui a imaginé une plateforme numérique afin là aussi d’éviter ou de réduire les hospitalisations. L’idée est d’envoyer un message sécurisé précisant la demande de soins adressée en sortie d’hospitalisation aux libéraux. L’un des 300 professionnels actuellement inscrits peut facilement et rapidement s’engager à prendre en charge un patient. Cette plateforme – nommée Entr’actes – doit permettre de renforcer et de fluidifier les liens entre les libéraux et l’hôpital.

*260 lits et 26 places MCO et 80 lits d’EHPAD, 797 agents dont 115 médecins et pharmaciens, 61 M€ de budget

Contact 
Centre hospitalier d'Arpajon
GHT Ile-de-France Sud
18 Avenue de Verdun, 91294 Arpajon
Téléphone : 01 64 92 92 92

 

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