Alain-Michel Ceretti, "Nous devrons évoluer vers des classements sur les parcours de soins"

Alain-Michel Ceretti, "Nous devrons évoluer vers des classements sur les parcours de soins"

Alain-Michel Ceretti @Olivier Corsan (recadrée)

Président de France Assos Santé, Alain-Michel Ceretti défend sans relâche la place et les droits des patients dans le système de soins. Il plaide notamment pour associer les personnes malades à l’évaluation complète de leur prise en charge. 

L’hebdomadaire Le Point a publié le 23 août son 22ème palmarès des meilleurs hôpitaux et cliniques. Quel regard portez-vous sur ce classement ?
Je salue ses auteurs qui ont été précurseurs en la matière. Il y a quinze ou vingt ans, ce baromètre n’était pas aussi attendu… Ils réalisent un très bon travail avec les indicateurs dont ils disposent qui sont des indicateurs de volume, de moyens et enfin de résultats, même si ces derniers sont malheureusement insuffisants dans notre pays. La France dispose certes depuis peu de la plateforme d’information e-Satis qui recense les questionnaires remplis par les patients. Mais la qualité des résultats des soins, autrement dit les indicateurs de retour à la vie normale, ne sont toujours pas abordés alors que c’est la valorisation même du soin qui est en jeu. La Sécurité sociale doit-elle payer le même prix une intervention chirurgicale au terme de laquelle le patient A reprendra son travail après quatre mois tandis que le patient B sera immobilisé un an ? Nous accumulons les actes sans évaluer leur performance auprès des premiers concernés, les personnes malades.
En mai dernier, j’ai rendu à la Ministre des Solidarités et de la Santé un rapport sur la qualité et la pertinence des soins et sur le choix des indicateurs de performance dans le cadre de la stratégie de transformation du système de santé. Si la demande d’évaluation est forte du côté du grand public, elle est aussi très attendue du côté des professionnels qui souhaiteraient que le travail bien fait soit davantage reconnu. 

Quelle méthodologie préconisez-vous ?
Une Organisation non gouvernementale sans but lucratif - l’International Consortium for Health Outcomes Measurement (Ichom)- a élaboré des instruments standardisés afin de mesurer les résultats qui importent aux patients. L’Ichom a signé en janvier 2017 un partenariat avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pour développer le programme international Patient Reported Indicator Survey (PaRIS) qui détaille les indicateurs de résultats mesurés par les patients eux-mêmes.
Prenons l’exemple de la cataracte. Le chirurgien renseigne un certain nombre d’informations techniques sur une base de données et le patient répond ensuite à des questions : 10 jours après l’opération, est-ce que je peux lire le journal ? Est-ce que je peux marcher sur une surface instable ? Est-ce que je reconnais les personnes dans la rue ? …. Les résultats de la qualité de prise en charge objective définie par les sociétés savantes sont croisés avec les résultats vécus par les patients. Notons que ces critères patients doivent être définis par les patients eux-mêmes, et en collaboration avec des représentants des sociétés savantes. Car les associations de patients sont tentées de demander les meilleurs résultats possible, le plus tôt possible, d’où la volonté de confronter ces attentes à la réalité médicale. Il est ensuite possible d’ajouter une troisième variable qui est le coût. Car à résultats équivalents, si un hôpital facture la même intervention chirurgicale 400 euros de plus, ce programme permettra d’en comprendre les raisons.
En 2013, la Hollande a adopté le programme PaRIS. Ses établissements sont classés en fonction de critères absolument objectifs, reflets réels de la valeur en termes de performance et d’économie des soins. Malheureusement la France est en retard. J’ai discuté de ce sujet fin juillet à la Haute autorité de santé. Les résistances sont réelles.

Vous souhaitez également élargir la démarche au secteur médico-social. Pour quelles raisons ?
Ne mesurer que la qualité des soins réalisés à l’hôpital sans s’intéresser à la suite est insuffisant car nous savons tous que les erreurs et les manquements interviennent en cas de rupture des soins, autrement dit en cas de mauvaise coordination. C’est d’ailleurs le cahier des charges qui m’a été confié au mois de mars par la ministre de la Santé. Nous devons absolument cesser de travailler en tuyaux d’orgue entre l’hôpital et la ville alors que le patient passe de l’un à l’autre très fréquemment. Le parcours de santé doit donc être beaucoup plus fluide. Quel est l’intérêt d’avoir une super prothèse de hanche si la coordination des soins se révèle ensuite inefficace ou si la rééducation est mauvaise ? La prise en charge en aval de l’hôpital génère des coûts en termes d’absentéisme du patient, de confort... qu’il convient aussi d’identifier. Par ailleurs, n’oublions pas que 80% des soins sont dispensés en ville.

Le Groupements hospitaliers de territoire (GHT) devant permettre de fluidifier les parcours, appelez-vous de vos vœux un classement des meilleurs GHT ?
Le GHT est une construction intéressante. Nous ne pouvons qu’encourager la mutualisation et la recherche de l’efficacité à la condition de partir du principe qu’il n’y a pas d’idéologie du soin. Le patient doit pouvoir être accueilli dans le public et le privé indifféremment. Raison pour laquelle je souhaite que tous les GHT s’ouvrent rapidement au privé. Nous devrons ensuite évoluer effectivement vers des classements sur les parcours de soins.

Un dernier mot sur la stratégie de transformation du système de santé. Avez-vous des informations sur la suite qui va être donnée à votre rapport ?
Nous attendons toujours une prise de position du Président de la République. Celle-ci est sans cesse reportée. Elle nous est maintenant annoncée pour la fin du mois de septembre. J’avoue que je cherche la place de la santé dans le calendrier gouvernemental. Or nous avons plus que jamais besoin d’une prise de position politique.



 

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