Faire du ressenti du patient un enjeu essentiel

Faire du ressenti du patient un enjeu essentiel

@pixabay

Comment l'expérience patient améliore-t-elle la pratique clinique ? Telle était la question au coeur du dernier débat lancé  par l'Institut français de l'expérience patient (IFEP), lors d'un webinaire réunissant un groupe d'experts engagés.

Jean-Michel Chabot, professeur de santé publique et ancien conseiller médical à la Haute autorité de la santé (HAS), explique que la prise en considération du patient est un fait récent : « L'expérience patient est l'une des résultantes de tout un mouvement structuré, de plus en plus puissant depuis maintenant une vingtaine d'années ».

Le professeur de santé publique évoque du reste le comportement d'une partie du milieu médical, qui tend à complexifier les notions et les concepts. Ce réflexe crée selon  lui un fossé entre le système de santé et le patient, lui-même. « Quand on est sur des concepts émergents comme la prise en compte de l'expérience patient, on a plutôt intérêt à simplifier le propos qu'à le complexifier. Plus on le complexifie et plus on risque de créer des oppositions », explicite l'ancien conseiller.

Les chantiers de l'expérience patient

Pour le Pr Jean-Michel Chabot, le ressenti du patient doit être aussi important que son bien-être physique, « le patient doit être au centre du dispositif médical, pas le médecin », affirme-t-il. Pour arriver à ce stade, il envisage trois grands chantiers pour faire évoluer la situation. A savoir :

  • De nouvelles modalités de rémunération : l'ancien conseiller propose d'adopter le Value-Based Payment. Il s'agit d'un système américain fondé sur deux paramètres : « l'application intelligente des bonnes pratiques et le retour de l'expérience patient, de son ressenti ». Plusieurs expérimentations françaises auraient d'ailleurs été lancées dans ce sens.
  • Intégrer l'expérience patient dans la formation initiale : le ressenti des patients doit devenir un élément essentiel des études de médecine. La prise en compte de l'expérience patient doit devenir un réflexe dans les séquences de soins.
  • Changer les valeurs professionnelles : l'ancien conseiller souhaite que l'équipe pluridisciplinaire devienne une règle universelle dans les établissements de santé. La présence de plusieurs vocations permettrait une meilleure prise en charge du patient. « Aujourd'hui la règle est l'autonomie et l'indépendance professionnelle et l'individualisme dans l'exercice, aux antipodes du travail d'équipe », précise-t-il.

De l'auto-évaluation à l'éducation thérapeutique

Pour Fabrice Denis, oncologue-radiothérapeute à l'institut Jean Bernard du Mans, la prise en compte du patient passera par l'utilisation des Patient Reported Outcome Measures ou PROMs. Il s'agit d'une application de télésurveillance des patients. Ce dispositif  « permet de suivre des patients, le plus souvent atteints de pathologies chroniques afin de détecter des événements pouvant amener vers des consultations anticipées et prise en charge dès les premiers symptômes d'anomalies », explique l'oncologue. Dès l'apparition d'une potentielle rechute, l'application envoie une alerte à l'équipe soignante, au médecin référent...

Le Pr Fabrice Denis précise qu'une task force a été mise en place pour déterminer les critères de choix et de qualité de ce nouvel outil. Trois points sont évoqués par le médecin : l'efficacité, la praticité et la sécurité de l'application. Le PROM devra donc être testé et validé par une étude clinique prospective, de moins de 5 ans. L'entreprise, à l'origine des algorithmes doit être française ou européenne. De plus, elle ne doit pas faire l'objet d'alerte par l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Le logiciel utilisé devra être « un dispositif médical avec un marquage CE Classe IIA », précise l'oncologue. Un statut officiel assurant un haut niveau de qualité et de gestion des risques.

Ce PROM doit évidemment prendre en considération le ressenti du patient. « Les patients sont fiables dans l'évaluation de leurs symptômes, de leur ressenti, pour peu que les questions soient précises et que les algorithmes soient validés », affirme le Pr Fabrice Denis. Il considère également que l'application doit permettre une éducation thérapeutique de l'utilisateur. Des conseils relatifs au traitement doivent être intégrés dans l'application. L'objectif étant d'éviter l'association de médicament avec des aliments affectant leur efficacité.

Pour en savoir plus : Comment l'expérience patient améliore-t-elle la pratique clinique ? 

À lire aussi

Retrouvez toutes nos actualités dans la newsletter

Pour vous abonner à notre newsletter, veuillez svp saisir votre adresse email dans le formulaire ci-dessous et cliquer sur le bouton « Envoyer » :

* Champ obligatoire

Vous pouvez consulter notre politique de confidentialité.

Vous pouvez mettre à jour vos préférences d’abonnement.