Réanimations et déprogrammations : une bombe à retardement

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Sans la crise sanitaire, les Français n'auraient jamais compris l'utilité et l'importance des services de réanimation. Il s'agit du consensus exprimé lors d'un atelier presse organisé par la Fédération hospitalière de France, ce mardi 29 mars. Outre le rôle central de ce pôle, la FHF est également revenue sur les dangers de la déprogrammation médicale.

« Près de 25 000 hospitalisations en réanimation pour Covid, soit 13% des hospitalisations en réanimation et 16% à partir du 15 mars » pour les établissements publics, c'est le bilan établi par la FHF pour l'année 2020.

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Pour le Pr Xavier Capdevila, chef du département d'anesthésie-réanimation au centre hospitalier de Chartres, la pandémie a produit une véritable crise de conscience concernant la réanimation. Notamment à cause de la durée moyenne d'un séjour en réanimation pour une personne infectée par la Covid-19. Une personne hospitalisée, à cause du virus, passera en moyenne 22,6 jours à l'hôpital, dont près de 16 jours (15.9) dans un service de réanimation. Alors que la moyenne génrale d'un séjour en réanimation est de 7,9 jours.

Un service en danger

« Avec la Covid-19, les services de réanimation se trouvent face à des patients qui nécessitent des prises en charge très spécifiques. Or, c'est l'un des rares secteurs de l'hôpital où le nombre d'infirmières est normé », précise le chef de département.

En effet, les établissements de santé prévoient deux infirmières pour 5 patients. Une aide-soignante pour 4 patients est également présente ainsi qu'une infirmière puéricultrice, de jour comme de nuit. Xavier Capdevila rappelle que la prise en charge de patient, en réanimation, est très exigeante et demande des connaissances spécifiques.

Malgré l'importance de cette médecine, la réanimation est en manque d'infirmiers. De plus, le peu étant intéressés par ce pôle ne possèdent pas le savoir adéquat, puisqu'aucun stage ou formation spécifique à la réanimation n'est proposé, rappelle le chef de service : « on ne fournit aucun élément permettant d'acquérir les compétences en réanimation ».

Par ailleurs, il rappelle qu'il n'y a pas de réglementation concernant ce parcours de formation. Chaque établissement établit sa propre voie, qu'il s'agisse d'infirmiers ou des autres professionnels de la réanimation. Une harmonisation nationale semble nécessaire mais compliquée. D'autant que les personnes récemment formées ne connaissent que les cas covid. Il faudrait donc dégager un temps addittionnel pour les instruire.

La déprogrammation

Les successives mesures sanitaires ont réduit le nombre de séjours à l'hôpital. Beaucoup de patients, notamment ceux atteints de maladies chroniques, ont suspendu leur suivi, les examens cliniques, procédures chirurgicales et autres hospitalisations. Selon la FHF, cette baisse correspond à 2 300 000 séjours en moins par rapport à 2019. Ce qui correspond à :

  •  1 400 000 séjours de médecine en moins  soit une baisse de 12% par rapport à 2019;
  •  500 000 séjours en moins en ambulatoire, majoritairement lors de la première vague, environ 10 % de moins par rapport à 2019,
  •  une baisse de 15 % pour le secteur de la chirurgie.

La FHF constate que « près de 70% des déprogrammations et diminutions d'activité ont lieu lors de la première vague ». Avec des baisses d'activité de 72% en chirurgie et 49% en médecine, contre seulement 15% et 14%, lors de la deuxième vague.

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Certaines procédures ont été plus impactées. Les neurochirurgies et chirurgies de la colonne vertébrale qui ont connu un effondrement de - 56% lors du premier confinement. La transplantation rénale a aussi diminué, de 30% par rapport à l'année 2019.

La crainte exprimée par la FHF, ainsi que par le Pr. Xavier Capdevila est que ces différentes réductions cachent une gigantesque vague d'hospitalisations à venir. Un tsunami de patients que le système de santé, déjà à bout de souffle, n'est pas dans la capacité de gérer.

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