La crise sanitaire replonge l'équité femme-homme 35 ans en arrière

La crise sanitaire replonge l'équité femme-homme 35 ans en arrière

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D'après la conférence Genre et Santé, la crise sanitaire a mis à mal l'équité femme-homme. Organisé le 29 juin par la Fédération hospitalière de France (FHF), ce débat est revenu sur les discriminations qui subsistent encore dans notre système de santé.

« Les inégalités de santé femmes/hommes conduisent à des discriminations dans l'accès aux soins et la prise en charge médicale », affirme Catherine Vidal, experte au Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes et chargée du rapport Prendre en compte le sexe et le genre pour mieux soigner, un enjeu de santé publique. Une logique amplifiée par la crise sanitaire. La pandémie aurait en effet induit l'augmentation des violences domestiques sur les femmes et plus largement des discriminations sur la gente féminine, d'après une enquête du forum de Davos, datant de mars 2021. Un enjeu déjà soulevé par la Haute autorité de la santé, dans un communiqué de décembre 2020.

Les femmes vivent plus longtemps, mais en mauvaise santé

D'après l'experte, « les représentations sociales, liées aux genres, influencent l'attitude des patients et des soignants ». Pour exemple, les femmes vivent statistiquement plus longtemps que les hommes, mais elles passeraient plus d'années en mauvaise santé. Ce problème aurait plusieurs explications. L'une d'entre elles serait le retard de prise en soins des femmes, celles-ci ayant tendance à minimiser leurs symptômes.

La raison majeure viendrait de diagnostics biaisés pour certaines pathologies. Prenons le cas des maladies cardiovasculaires qui sont la première cause de mortalité chez les femmes, tandis que le cancer du sein est en 8ème place. « Depuis 15 ans, l'incidence de l'infarctus a augmenté de 25% chez les femmes âgées de moins de 50 ans », précise Catherine Vidal. Or, à ce jour, l'infarctus du myocarde est sous-diagnostiqué chez les femmes. Cette pathologie est en effet considérée comme une maladie masculine, un "problème d'hommes stressés au travail". « Pour des mêmes symptômes de douleurs dans la poitrine, ceux des femmes ont trois fois plus de chances d'êtres attribués à des raisons émotionnelles plutôt qu'à une pathologie », précise la membre du Haut conseil. À l'inverse, l'ostéoporose est sous-diagnostiqué chez les hommes, alors qu'un tiers des fractures de la hanche liées à cette pathologie est subi par des hommes. Encore aujourd'hui, l'ostéoporose est considérée comme une maladie féminine...

Même constat pour la santé mentale

D'après Catherine Vidal, ce problème de représentation influence également les diagnostics de santé mentale. Elle évoque deux exemples :

  • L'autisme qui concerne 3 hommes pour une femme. Pour l'experte, les normes sociales créent un double-standard sur le jeune enfant autiste : « pour une fille, cela est souvent attribué à de la timidité, alors que pour un garçon, on pense immédiatement à un problème de communication ». Un point de vue étayé par une enquête américaine, qui a montré que 37 % des garçons étaient détectés en bas-âge contre 18% des filles.
  • La dépression concerne deux femmes pour un homme. Pendant longtemps, la médecine a lié ce problème aux antiques sautes d'humeur féminines. Pourtant, « dans l'état actuel de nos connaissances, il n'y a pas de démonstration scientifique d'un rôle unique des hormones dans la dépression par rapport à d'autres facteurs ».

La France, leader du féminisme en santé

« Depuis 2018, la diplomatie française porte la stratégie internationale pour l'égalité femmes-hommes 2018-2022, au travers de laquelle la France se positionne comme une nation féministe, comme la Suède et le Canada », explique Anne Isambert, référente genre à la Division Santé et Protection sociale de l'Agence française de développement (AFD). 

La référente avance deux types de solutions : la création d'une institution publique de recherche et de médecine, consacrée à la thématique du genre en santé et l'intégration de cette problématique dans les formations initiales et continues, ainsi que le dépistage de violences domestiques. Elle propose également de former le personnel des ressources humaines à l'accompagnement psychologique du personnel médical et paramédical.

Pour Catherine Vidal, « intégrer la dimension du genre dans les pratiques médicales et dans les recherches en santé est réellement une source d'innovation qui va permettre de poser de meilleurs diagnostics, d'améliorer les analyses de pathologies et de formuler de nouvelles hypothèses de recherches afin d'élaborer des stratégies de prévention et de traitement adaptées. Pour finalement, construire des politiques de santé publique plus égalitaires au bénéfice de la santé des femmes et des hommes ».

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