Les doyens et les présidents d'université dessinent leur Europe de la santé

Les doyens et les présidents d'université dessinent leur Europe de la santé

Olivier Véran lors de son discours au Colloque européen

La formation des soignants, la recherche et l'innovation médicale, les politiques de santé européennes, le traitement médiatique de la santé... Autant de sujets évoqués lors du « Grand colloque européen : la Formation, la Recherche et l’Innovation dans l’Europe de la Santé » qui a réuni le 30 septembre, à la Sorbonne, doyens et présidents d'université*. 

« L'ambition de ce colloque est de produire une sorte d'appel de la Sorbonne, un manifeste pour la formation et la recherche dans une Europe de la santé », explique Patrice Diot, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine. Il émet le souhait que la crise sanitaire agisse comme le point de départ d'une nouvelle dynamique de politique européenne de santé. Souhait partagé par Manuel Tunon de Lara, président de la Conférence des présidents d'université, pour qui « il y aura un avant et un après Covid-19, dans notre manière de penser la médecine ».

Réunis dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, à l'invitation de la Conférence des Doyens de médecine et la Conférence des Présidents d'université en association avec d'autres conférences nationales et universités européennes*, les intervenants ont débattu autour de trois grands sujets : la recherche et l'innovation, la formation des étudiants en médecine et le rôle des universités dans le traitement médiatique de l'information en santé.

Pour une meilleure coordination de la recherche et de l'enseignement en santé

L'un des premiers constats de ce colloque est celui d'un affaiblissement de la recherche française durant cette dernière décennie. Pour Didier Samuel, chercheur en hépatologie et président du Comité nationale de coordination de la recherche, des leçons doivent être tirées de la pandémie et permettre une innovation transdisciplinaire. Cela doit passer, selon lui, par une meilleure coordination européenne de la recherche et de l'enseignement supérieur en santé. « Nous devons avoir une articulation des moyens nationaux et européens, dans un contexte administratif simplifié. Il faut que nos chercheurs universitaires et hospitaliers aient le réflexe de se tourner vers l'Europe », insiste-t-il.

Le principal objectif serait de construire et organiser une politique de santé à l'échelle de l'Union européenne. Une coordination qui aurait déjà fait ses preuves d'après Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé : « le pass sanitaire est la démonstration que nous sommes capables, dans un temps très court, d'élaborer des outils numériques d'opération et de coordination, qui favorisent l'échange et le partage de données ».

Pour une politique européenne de santé

Tous les membres du panel, institutionnels, universitaires,politique politiques, s'accordent sur le rôle crucial d'une véritable politique européenne de santé. Un avis qui serait également partagé par la population explique Véronique Trillet-Lenoir, députée européenne: «74% des citoyens européens réclament plus de compétences de l'Union européenne en santé». Pour la parlementaire, une coordination européenne de la recherche devient un enjeu géostratégique primordial. « Ne serait-ce que parce que nous partageons une même dépendance en termes de produits de santé vis-à-vis de certains pays , souligne-t-elle. Une dynamique européenne permettrait définitivement d'avoir la main sur les réactions sanitaires en santé, sans dépendre de l'Inde ou de la Chine. C'est d'ailleurs le but de l'Agence HERA ». A savoir la nouvelle agence européenne et indépendante HERA (pour Health emergency preparedness and response authority) dont la principale mission est de prévenir et détecter les situations d'urgence sanitaire et de réagir en conséquence. 

Entre bien-être et mobilité

Pour mener à bien cette politique, les pouvoirs publics européens comptent en grande partie sur la recherche universitaire. Pour le milieu académique, la construction d'une santé européenne passe avant tout par la bonne formation des étudiants en médecine. Pour Gaetane Nocturne, chercheuse et maîtresse de conférences à l'université de Paris-Saclay, il est nécessaire à cet effet que les universités et facultés assurent le bien-être des étudiants « afin d'en faire des personnels de santé bienveillants vis-à-vis de leurs patients ».

Les lieux d'enseignement supérieur doivent également assurer une mobilité estudiantine nécessaire à la « création d'une véritable solidarité européenne ainsi qu'à la mise en place d'une politique de santé européenne », explique la chercheuse avant de réaffirmer que c'est « le devoir de nos instances nationales et européennes de rendre possible cette mobilité ». Une opinion partagée par Frédérique Vidal, ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et l'Innovation qui rappelle à ce sujet que certaines mesures sont déjà en place comme l'augmentation du budget du programme européen Erasmus +.

Lutter contre les Fakes News

Parallèlement, un autre grand chantier auquel doit s'attaquer l'Europe de la santé est celui de la désinformation scientifique. Pour la ministre, il appartient aux « scientifiques et intellectuels de réinvestir la relation avec la société ; d'expliquer c'est qu'est la science et la santé  et de rappeler qu'innover veut dire procéder par essais et erreurs. Il faut arrêter de laisser penser que l'innovation se décrète ». Selon cette lutte contre la désinformation doit d'abord commencer au niveau européen. « Nous devons avoir une régulation européenne de l'information scientifique, sans quoi il est impensable de la faire à une échelle nationale.».

Manuel Tunon de Lara estime quant à lui que la France doit profiter pour cela de ce « temps politique qui n'est pas neutre entre les élections nationales et la présidence française de l'Europe ».

*Ce colloque a été organisé par les Conférences nationales des Doyens de faculté de médecine et des Présidents d'université, en association avec les Conférences nationales des Doyens de pharmacie, des Directeurs généraux de CHRU-CHU, des Doyens d’odontologie, des Présidents de CME CHU, des Enseignants en Maïeutique ainsi que l’ISNI, l’Anemf, ISNAR-IMG, la Fage,  l’Université Humboldt de Berlin, l’Université KU Leuven, l’Université de Barcelone, l’Université de Rome «La Sapienza», les ministères des Solidarités et de la Santé, de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et le Conseil régional d’Île-de-France.

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