L'automédication, vers une utilisation digitale encadrée

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L'Association bon usage du médicament (ABUM) a organisé le 15 juin une visioconférence sur l'automédication. Bien que cette pratique présente des risques, le comité d'experts souhaite qu'elle se développe de manière encadrée.

Les Français ont une relation paradoxale avec le médicament : selon une enquête d'Harris Interactive, publié en 2019, 61% de la population s'inquiète des effets secondaires et 52% se soucie des interactions médicamenteuses. « 90% des consultations chez le médecin finissent avec une prescription, contre 60% en Allemagne ou 50% aux Pays-Bas », ajoute Jean-Pierre Thierry, conseiller médical pour France Assos Santé (FAS).

Une question de nuances

Selon Luc Besançon, délégué général de l'Association pour une automédication responsable (AFIPA), pour mieux comprendre ces chiffres, il faut faire la distinction entre deux types d'automédication :

  • L'utilisation encadrée et sécurisée avec une prise de médicaments à prescription médicale facultative (PMF), respectant un cadre légal et réglementaire et la dispensation par le pharmacien.
  • Le mésusage qui désigne le recours à des "restes" médicamenteux précédemment prescrits (PMO), et dont l'adéquation pour le traitement d'un problème de santé n'est pas validée par une consultation médicale.

L'automédication en France

Si l'automédication, et plus largement l'autonomie des soins, est un discours de plus en plus présent chez les patients, Jean-Pierre Thierry explique qu'elle doit s'appliquer à des pathologies bégnines. L'idée est aussi de faire évoluer la consommation des Français, les praticiens étant appelés à promouvoir une « sobriété médicamenteuse », ainsi que les interventions non-médicamenteuses. Pour cela, « il faut défragmenter les prises en charge et améliorer les parcours de soins », précise le conseiller. La Fas a d'ailleurs édité un guide de bonnes pratiques de l'automédication dans ce but.

Le parcours de soins officinal

L'automédication responsable peut par ailleurs être accompagnée, c'est le sens du projet Parcours de soins officinal présenté par Eric Baseilhac, vice-président de l’ABUM et Directeur accès, économie et export des entreprises du médicament (LEEM). En cas de pathologie bégnigne, comme une angine, un patient pourrait se diriger en première intention, chez le phamarcien d'officine qui deviendrait, de fait, le premier praticien de recours. Celui-ci pourrait utiliser un algorithme décisionnel d'orientation pour délivrer des conseils adaptés, ainsi que des médicaments PMF. Le médecin traitant du patient pourrait ensuite consulter le rapport laissé par le pharmacien, grâce au dossier médical partagé (DMP), également consultable par le pharmacien.

Ce parcours présente trois atouts :

  • sécuriser la délivrance de médicaments OCT (en vente libre), grâce aux algorithmes décisionnels et à la traçabilité des médicaments ;
  • désengorger la médecine d'urgence ainsi que les cabinets des médecins généralistes ;
  • générer des économies pour l'Assurance maladie.

L'armoire à pharmacie virtuelle

Un autre projet innovant a été évoqué durant cette conférence : Med&moi. « Cette application personnalisée a pour objectif de favoriser le bon usage des médicaments en automédication », détaille Laure Lechertier, directrice accès au marché, communication, affaires publiques et responsabilité sociale, au laboratoire UPSA qui s'est associé avec ExactCure pour créer Med&moi.

Cette plateforme se veut un outil complémentaire à la notice et aux conseils du pharmacien qui demeure l'interlocuteur de référence pour la sécurité et la qualité des produits. D'après l'étude d'Harris Interactive, un Français sur deux considère que le digital à sa place dans l'automédicamentation, et que l'IA pouvait éviter un certain nombre de désagréments. 

« Si on doit résumer cette application, c'est prendre et apprendre ses médicaments », détaille Frédéric Dayan, co-fondateur et pdg d’ExactCure. L'utilisateur peut facilement créer son profil avec ses données personnelles et ses allergies médicamenteuses. Il devra également renseigner le contenu de son armoire à pharmacie. L'application catégorisera esnuite les médicaments en fonction de la pathologie. En cas de douleurs et fièvres, elle proposera par exemple une liste avec un code couleur : le rouge, par exemple, indiquant une allergie lié au médicament, ou une contre-indication ; l'orange, une association déconseillée...

Et en cliquant sur le nom d'un médicament, l'utilisateur pourra consulter sa notice complète, ainsi que la traçabilité et la posologie. De plus, le patient peut simuler une posologie, grâce à l'intelligence artificielle (IA) d'ExactCure. Une première version publique de Med&moi devrait sortir cette automne.

Pour en savoir plus : Conférence « Bon Usage du Médicament ».

ABUM
« Après plusieurs années de travail intensif dans le cadre d’un collectif informel consacré au « Bon Usage du Médicament », les acteurs impliqués ont souhaité se constituer en association en 2017 », précise l'ABUM sur son site internet. Ce collectif réunit des experts (professionnels de santé, médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, infirmiers, associations de patients...) et des acteurs impliqués dans ce secteur (institutions publiques, assureurs, professionnels médico-sociaux, industriels, éditeurs de logiciels…). L'objectif d'ABUM est d'analyser, d'échanger, de proposer des solutions concrètes sur le médicament mais aussi de valoriser les innovations liées à son bon usage.

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