La Fondation de l'Académie de médecine interroge le lien entre alimentation et pathologies

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La Fondation de l'Académie de médecine (FAM) ouvre le débat et revient sur les idées reçues sur le lien entre comportements alimentaires et maladies.

« Nous devons apprendre à nos enfants à manger, et cuisiner, de façon équilibrée et en conscience des ressources utilisées, pour préserver son capital santé et celui de la planète », annonce le professeur Bernard Charpentier, président de l’Académie nationale de médecine. Pour faire suite à une première conférence sur Qu’est-ce que bien manger ?, la FAM invite, avec ce deuxième débat qui s'est tenu mi-juin, à démystifier toute une partie des troubles et pathologies liés à l'alimentation. Qu'il s'agisse de problèmes révélés récemment comme l'intolérance au gluten, ou plus anciennement connus comme l'obésité ou l'anorexie.

L'obésité associée à une vingtaine de maladies chroniques

« Les personnes les plus à risques de faire un cas grave sont les personnes en surpoids », rappelle le professeur Gabriel Perlemuter, hépato-gastro-entérologue et nutritionniste. Le problème du surpoids et de l'obésité est souvent assimilé à une mauvaise alimentation. Pourtant, le Dr Philippe Froguel, académicien et diabétologue, explique « 70% des variations de poids s'expliquent par la génétique ». Pour l'académicien, c'est plus particulièrement l'appétit qui est le plus génétique, avec une héritabilité de 60 à 80%.

Le Collectif national des associations d’obèses (CNAO) demande d'ailleurs la reconnaissance de l'obésité comme une maladie chronique, au vu de l'origine majoritairement génétique. Sa présidente, Anne-Sophie Joly, rappelle que « l'obésité n'est pas reconnue en France, comme étant une pathologie, alors que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) la reconnaît comme telle depuis 1997 ». Pourtant, elle favorise 18 types de pathologies chroniques, « 19 avec le covid », précise la CNAO. Un problème qui peut donc s'aggraver et concerne 33 millions de Français en surpoids et 8 millions d'obèses, selon Santé publique France.

Entre allergies et intolérances

« 20 à 40 % des adultes déclarent avoir des symptômes d'intolérance ou allergiques, après avoir ingéré certains aliments et 13% disent être allergiques. Mais toute manifestation reliée à l'alimentation n'est pas forcément une allergie », explique le professeur Florence Campeotto, pédiatre gastro-entérologue. Selon elle, la population française surestime ses allergies alimentaires, selon la pédiatre cela touche « seulement 3 à 6% de la population ». C'est environ 5% de la population mondiale, contrairement aux restes des allergies qui touchent entre 25 et 30% de la population. Elle estime que d'ici cinquante ans, la moitié de la population mondiale sera porteuse d'une allergie.

La gastro-entérologue a également rappelé la différence entre allergie alimentaire et intolérance. La première est une réponse immunitaire, faisant intervenir des anti-corps. La seconde relève d'un déficit d'enzymes, le système digestif n'en possède pas assez pour pouvoir digérer l'aliment. Une réaction alimentaire pathologique de plus en plus connue est celle de l'intolérance au gluten. L'hypersensibilité au gluten, aussi appelé maladie cœliaque, est une réaction face à certains céréales : blé, seigle, orge... D'après le Pr Georgia Malamut, gastro-entérologue et hépatologue, «environ 1% de la population européenne, nord-africaine et nord-américaine serait concerné ». Elle précise que dans 80% de ces cas, la maladie se déclare en raison de la présence du génome HLA-DQ2.

Des comportements alimentaires dangereux

« Anorexie, boulimie ne sont pas des troubles pyschiatriques. Ce sont des comportements qui peuvent devenir des pathologies psychiatriques, lorsque le patient s'enferme là-dedans », explicite Philippe Jeammet, pédopsychiatre et professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à Paris V. Au départ, ce sont des conduites adaptatives, une réponse à une situation de menace, de peur, de stress. Le corps répond avec des comportements qu'on ne choisit pas, « ce sont des choses qui s'imposent à nous » et qui deviennent une forme de contrainte émotionnelle. «C'est un peu comme une toxicomanie», précise le psychiatre. La personne a recours à un comportement qui lui procure un sentiment de bien être et semble augmenter son efficacité. Jusqu'à ce qu'elle devienne prisonnière de sa propre attitude et bascule dans l'addiction. Le Pr Jeammet s'élève toutefois contre une vision très réduite de ces troubles alimentaires: «quand on ne comprend pas, on a tendance à dire que ça relève de la folie. Mais ce que ces personnes vivent n'est pas si fou, encore plus au vu du contexte actuel. La seule chose à comprendre, c'est que ce comportement est une réponse à la peur».

Pour en savoir plus : Alimentation aujourd’hui et demain chapitre II: Alimentation et maladies

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